WARI perd le rachat de la SIAB (Exclusif)

L’information fait le tour de la presse internationale. Révélé par Confidentiel Afrique, le rachat de la Société Inter-Africaine de Banque (SIAB) par le groupe Wari vient d’être invalidé par la commission bancaire de l’UMOA. Retour sur un processus dans lequel l’entrepreneur Kabirou Mbodje a trop tôt crié victoire. Exclusif !

« Le groupe Wari rachète une banque libyenne basée au Togo ». « Wari rachète une banque libyenne, la SIAB basée au Togo ». « Le groupe Wari de l’entrepreneur Kabirou Mbodje rachète une banque libyenne, la SIAB basée au Togo ». Ce sont les titres de certains articles publiés sur la toile ces derniers jours au sujet du rachat de la SIAB par le groupe Wari.

Selon notre confrère « Confidentiel Afrique » qui a révélé l’information, « après plusieurs mois de tractations menées en douceur sur l’axe Dakar – Lomé – Dubai, l’opération de rachat de la banque libyenne a été concluante. Cette opération de rachat -dont le coût de la transaction ne nous a pas été révélé- confirme les grandes ambitions du Groupe Wari de se développer et de mener sa stratégie d’expansion à bons pavés vers les marchés à forte valeur ajoutée de la zone Uemoa. Selon nos informations, la transaction s’est effectuée en conformité avec l’ensemble des instructions des banques centrales et de la législation en vigueur ».

Soumise à l’approbation de la commission bancaire de l’UMOA, cette opération de rachat, validée pourtant par la Banque Centrale Libyenne, est rejetée par ladite commission à qui revient le dernier mot, pour certaines raisons, notamment le flou qui entoure la gouvernance du groupe Wari, ainsi que la provenance des fonds, selon des informations exclusives en notre possession. Un pied de nez pour Kabirou Mbodje, le PDG du groupe Wari.

Selon des documents dont nous avons eu copie, le groupe Wari acceptait de prendre les parts de la Libye sur la base de 6.635.000.000 F CFA, capital initial de la SIAB, sans tenir compte de la situation actuelle très dégradée des fonds propres.

Des informations recoupées à différents niveaux renseignent que le groupe Wari ne serait, en réalité, qu’intéressé par l’agrément bancaire, puisque le groupe serait à la recherche du précieux sésame depuis plusieurs années auprès de la commission bancaire, sans véritablement pouvoir y parvenir. Ayant analysé la situation de la SIAB, une des plus vieilles dans la capitale togolaise (30 ans d’existence), il s’est vite positionné pour racheter les parts de la Libye.

La situation de la SIAB

Créée aux termes d’un accord signé à Lomé (TOGO), le 09 avril 1975 entre le Togo et la Libye, la Société Interafricaine de Banque (SIAB), ex-Banque Arabe Libyenne Togolaise du Commerce Extérieur (BALTEX), est une société de droit togolais qui exerce une activité de banque commerciale depuis 39 ans au Togo. Elle est inscrite sur la liste des Etablissements de Crédit de l’UEMOA sous le numéro T 0027 N.

Après sa première Assemblée Constitutive tenue le 06 août 1976, elle a effectivement démarré ses activités en tant que Société Anonyme avec Conseil d’Administration en janvier 1977 avec un capital social de cinq cents millions (500.000.000) de FCFA, entièrement libérés par les deux Etats à part égale. Au cours de son évolution, les actionnaires de la SIAB ont procédé au renforcement des fonds propres par des augmentations successives du capital social qui, de 500.000.000 de FCFA au départ, est passé depuis 2010 à 6.635.000.000 FCFA avec un actionnariat réparti entre Libyan Foreign Bank, l’Etat togolais, Kamel El Khallas, et Farag Elraeid.

Les fonds propres effectifs globaux se sont considérablement dégradés suite aux différentes pertes successives et se chiffrent à 2.898.000.000 FCFA au 31 décembre 2015.

En 2014, le Produit Net Bancaire de la SIAB s’établit à 723 millions FCFA, avec une évolution à la baisse, en glissement annuel de 13,82% par rapport à la période précédente.

Sur trois années consécutives (2011 à 2013), le résultat net de la SIAB a toujours connu une position déficitaire, passant de -275 millions de FCFA en 2011 à -30 millions de FCFA en 2012. En 2013, le résultat net se chiffre à -2 365 millions de FCFA soit une dégradation nette en valeur absolue de 2365 millions de FCFA.

En 2014, le résultat net s’établit à 482 millions et s’explique par une opération de dation en paiement sur un immeuble objet d’une hypothèque sur une créance en souffrance d’un montant de 560 millions F CFA. L’opération a consisté à reprendre l’immeuble dans l’actif de la banque pour une valeur de 560 millions et solder ainsi la créance douteuse du client par les propres fonds de la banque en espérant de vendre l’immeuble pour assurer le recouvrement. C’est donc cette opération qui a permis de réaliser un bénéfice de 482 millions en 2014. Aujourd’hui, l’immeuble est enregistré dans l’actif de la banque en attente d’un probable acquéreur.

La SIAB fonctionne avec une seule agence et trois bureaux de transfert d’argent. Elle occupe ainsi la dernière position sur ce segment du secteur bancaire togolais. Globalement, elle détient une part de marché insignifiant (1% environ) pour tous les critères identifiés sur le secteur bancaire togolais.

Une restructuration difficile

C’est par la seule volonté du gouvernement togolais, sous l’impulsion de feu Général Eyadéma Gnassingbé qui a su convaincre feu Kadhafi, que la SIAB a été créée en 1976 avec une répartition équitable du capital. C’est donc le gouvernement togolais qui a négocié et obtenu l’agrément bancaire pour le compte du Togo au niveau de la commission bancaire de l’UMOA. Par des clauses non écrites, la Libye devrait assurer la direction de la banque et le Togo la direction adjointe et la présidence du conseil d’administration.

Au fil des années, sous la direction de la Libye, la SIAB a connu des pertes énormes dues à la mauvaise gestion des différents directeurs libyens qui se sont succédés, et qui n’avaient pas la maitrise de l’environnement bancaire de la zone UEMOA. Ces différentes pertes enregistrées ont été suivies d’augmentations de capital par la Libye uniquement, entrainant ainsi un effet de dilution du niveau de capital détenu par le Togo.

En août 2013, face à la menace que représentait la SIAB  dans un environnement bancaire en pleine évolution, les autorités de la commission bancaire ont décidé de la mise sous administration provisoire de la banque. A la mise sous administration provisoire en 2013, la SIAB affichait un capital de 6.635.000.000 FCFA et des fonds propres effectifs de 2.898.000.000 F CFA.

Par ailleurs à la clôture de l’exercice 2015, la SIAB a enregistré une perte de 374 millions qui viendront en diminution des  fonds propres effectifs actuels. En outre, la commission bancaire a effectué récemment une mission de contrôle de la banque et a proposé des provisions complémentaires d’environ 600 millions de F CFA.

« Il revient donc au gouvernement togolais de prendre ses responsabilités en vue d’une restructuration profonde de la SIAB pour en faire une banque rentable et sauver l’emploi de ces concitoyens qui y travaillent (personnel à 100% Togolais, à l’exception de 2 Libyens expatriés). L’Etat togolais est le vrai détenteur de l’agrément de cette banque », nous informe une source proche du dossier.

Eventualité d’une reprise des parts de la Libyan Foreign Bank

A l’analyse de ce dossier, dans le cadre d’une éventualité de reprise ou de cession des parts de la Libye, il paraît évident que les conditions soient discutées, en tenant compte de la valeur réelle que représente la SIAB aujourd’hui, notamment le montant des fonds propres effectifs actualisés. Le gouvernement togolais pourra ainsi donc entré en discussion avec les autorités de la Libyan Foreign Bank pour la reprise des parts de la Libye, sur la base d’une valeur qui prenne en compte les fonds propres effectifs et la situation réelle dans laquelle se trouve la banque dont la valeur de cession des parts de la Libye devrait être très faible.

Wari est un groupe qui dispose d’une plateforme de services qui permet de développer et d’offrir des solutions facilitant les transactions financières et non financières sur le marché. Sa gamme de produits comprend des solutions accessibles par téléphone mobile, Internet, Call Center ou SVI (Serveur Vocale Interactif) ainsi que des cartes de paiement destinées au grand public, aux entreprises, aux institutions et aux établissements financiers sur l’ensemble de leur réseau mondial.

Elom ATTISSOGBE