Togo : Objectif législatives

A moins de quatre mois des élections législatives fixées au 20 décembre 2018 par la CEDEAO, le parti au pouvoir et d’autres formations politiques affûtent leurs armes. Pendant que l’opposition, regroupée au sein de la Coalition des 14, remet en cause les travaux de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), et continue d’attendre la prochaine mission des facilitateurs Nana Akufo-Addo et Pr. Alpha Condé. Mais reste partagée entre aller en bloc ou non aux prochaines joutes électorales.

Depuis la publication des recommandations des chefs d’Etat et de gouvernement dans la crise togolaise, la Commission électorale nationale indépendante a mis le pied sur l’accélérateur. L’Exécutif, de son côté, se prépare également pour tenir la date du 20 décembre 2018. Dernier fait illustratif des préparatifs des législatives, la création de la « Force Sécurité Elections 2018 » (FOSE 2018). « Dans le cadre des élections 2018, une force spéciale dénommée Force Sécurité Election 2018 est créée. Elle  est  placée  sous  la  supervision  de  la  commission  électorale  nationale indépendante (CENI) et le commandement  opérationnel  du ministère chargé de la sécurité. Forte  de  huit  mille  (8 000)  agents  issus  de  la  gendarmerie  et  de  la  police nationales, elle a pour missions de maintenir  la  paix,  assurer  la  sécurité  ainsi  que  la  libre  circulation  des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national avant, pendant et après les élections de 2018, prendre  toutes  les  mesures  pour  maintenir  ou  rétablir  l’ordre  public en relation  avec  l’organisation  des  élections  durant  toutes  les  phases  des processus  électoraux  notamment  le  recensement,  la  campagne,  les opérations de vote, le dépouillement et la proclamation des résultats, et assurer  la  sécurité  des  lieux  de  meeting  ou  de  manifestations  publiques pendant la campagne électorale,  des bureaux de vote, des candidats, des commissions  électorales,  des  chefs  de  partis  politiques,  ainsi  que  du matériel électoral, en observant la plus stricte neutralité à l’égard de tous. La création et le déploiement de la Force Sécurité Election 2018 ne remet pas en cause les missions traditionnelles dévolues aux forces de défense et de sécurité », rapporte un extrait du communiqué ayant sanctionné le conseil des ministres tenu mardi.

Invitée à récupérer ses sièges restés vacants à la CENI, l’opposition parlementaire continue de crier haro sur le baudet, et demande la recomposition de l’organe en charge des élections au Togo. Dans un courrier envoyé au président de la CENI le 13 août dernier, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), principal parti de l’opposition, en guise de réponse aux travaux de l’institution, relève : « Faisant suite à vos courriers cités en référence, je voudrais vous rappeler que dans le but de mettre en place une institution inclusive et crédible pour l’organisation des prochaines élections au Togo, le dialogue politique en cours envisage, sous l’égide du Comité de suivi, une recomposition de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Cette recomposition, qui interviendra incessamment dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route adoptée par la Cinquante-troisième session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO le 31 juillet 2018 à Lomé, vous disqualifie et rend nulles et non avenues les initiatives intempestives, au demeurant provocatrices, par lesquelles vous tentez de mettre en place le dispositif habituel de fraude et de coup de force électoral du RPT/UNIR. Je vous demande en conséquence de surseoir à toutes ces initiatives unilatérales et non-consensuelles jusqu’à la recomposition effective de la CENI ».

Pendant que l’opposition attend la mission des facilitateurs pour la mise en place du comité de suivi des recommandations formulées par la CEDEAO, la CENI, elle, avance à grands pas. Mise en place des Commissions électorales locales indépendantes, annonce des dates du recensement électoral, recrutement des opérateurs de saisie, etc., l’institution que préside Pr. Kodjona Kadanga déroule son chronogramme.

Opposants cherchent facilitateurs

Ils ont été très efficaces dans le règlement de la crise togolaise. Nana Akufo-Addo, président du Ghana, et Pr. Alpha Condé, chef d’Etat de la Guinée, sont les deux facilitateurs désignés par la CEDEAO, et qui ont été instruits le 31 juillet par la conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement de poursuivre les discussions avec les protagonistes de la crise dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route.

Un mois après la conférence de la CEDEAO tenue à Lomé, les préparatifs s’accélèrent pour tenir la date du 20 décembre 2018. Les facilitateurs, eux, semblent avoir pris un petit congé. A part les discussions début août avec des émissaires de la CEDEAO, la coalition des 14, le gouvernement, et le parti au pouvoir, rencontre qui a servi principalement à expliquer la feuille de route de l’instance sous-régionale, plus rien.

Et depuis, la coalition des 14 attend la prochaine mission des facilitateurs qui, selon elle, « viendront remettre les choses en place, notamment annuler les travaux effectués par la CENI jusque-là ». Plusieurs fois annoncée par les leaders de la coalition, la mission des facilitateurs n’a toujours pas foulé le sol togolais. Excédé, l’opposition a fini par réagir. « Nous avons le sentiment que les chefs d’Etat de l’organisation sous régionale jouent la montre en faveur du régime de Faure Gnassingbé qui en profite pour accélérer les préparatifs des élections législatives prochaines. Vous voulez qu’on aille aux élections le 31 décembre, vous ne rencontrez pas les acteurs pour vérifier, on vous fait des remarques concernant les préparatifs, on vous saisit suite à ce que la CENI est en train de faire, silence radio. Au bout d’un mois de retard dans la mise en œuvre de cette feuille de route, les populations togolaises sont en droit de se poser des questions et de reprendre leurs responsabilités. Il faut qu’on reprenne la route. Nous n’avons pas manifesté pendant des mois, perdu des vies humaines et eu des exilés et des détenus pour en arriver là. Il faut poser le problème pour que le régime et la CEDEAO comprennent que cela ne peut pas continuer ainsi », a récemment affirmé Eric Dupuy, conseiller du chef de file de l’opposition, sur une radio de la place.

« Je m’étonne des annonces intempestives et répétitives non fondées. Lorsque des visites ou missions seront projetées, les facilitateurs, leurs représentants et la CEDEAO l’annonceront sûrement par des voies autorisées. Nos concitoyens finiront par croire que les facilitateurs et leurs représentants sont des fantômes, alors que nous sommes face aux rêves de certains responsables de la coalition et des médias qui leur sont proches », a réagi, de son côté, le ministre Gilbert Bawara, interrogé par notre confrère Togobreakingnews. « Les facilitateurs et la Commission de la CEDEAO sont des autorités et des institutions sérieuses et le Togo est un pays sérieux et organisé avec des dirigeants et des autorités respectés. Les visites annoncées avec fracas et légèreté par des acteurs de la coalition et certains médias sont des initiatives qui se préparent et s’organisent à travers des contacts et des canaux appropriés. Cela nécessite généralement des dispositions que seul le gouvernement et les autorités compétentes peuvent prendre. Certains prennent leurs rêves pour la réalité! Comme le disait Churchill, pour un responsable politique, il n’y a pas pire erreur que d’entretenir de faux espoirs, destinés à être balayés par les événements. Il serait bien que certains sortent des illusions et cessent d’entretenir de faux espoirs même si cela est destiné à leurs militants. Au lendemain du sommet du 31 juillet, le gouvernement a convié les responsables de la coalition à des contacts et échanges le 07 août au ministère de l’Administration territoriale. La coordonnatrice de la coalition a récusé cette initiative et annoncé la saisine et l’arrivée imminente de la facilitation. Peut-être qu’elle nous informera bientôt de l’instance supra nationale qui se substitue désormais aux institutions et autorités togolaises et quels en sont les fondements ! A l’heure actuelle, le gouvernement togolais n’est au courant d’aucune visite ou mission pour cette semaine. Mais nous restons naturellement disposés et ouverts à accueillir à tout moment les frères de la CEDEAO dans le cadre de l’application des décisions du sommet du 31 juillet », a ajouté l’ancien ministre de l’Administration territoriale.

Turbulences à la C14

Le parti au pouvoir continue de s’organiser dans la droite ligne des élections législatives prochaines. Hier, à la faveur d’une grande rencontre, les critères de sélection des candidats ont été communiqués. Au même moment, au sein de la Coalition des 14, il y a un antagonisme sur le mécanisme idéal pour aller aux élections. Dans une note vocale qui circule sur les réseaux sociaux, Ouro-Akpo Tchagnao, député au Parlement, militant de l’ANC, accuse ses frères de la C14 dont Nicodème Habia, Me Paul Dodzi Apévon, et Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson, d’être préoccupés que par une seule volonté : « se faire élire député aux prochaines législatives et siéger au Parlement ».

Intervenant vendredi dernier sur une radio privée de la place, Jean Kissi, Secrétaire du Comité d’action pour le renouveau (CAR), membre de la C14, a déclaré que « la coalition ne peut aborder les prochaines élections que dans une dynamique unitaire. On ne peut pas faire toute cette lutte et aller s’insulter devant UNIR. Si la coalition des 14 partis politiques de l’opposition va aux prochaines élections en rang dispersé, le peuple togolais ne le lui pardonnera pas. », a-t-il ajouté.

« En 2013, il y avait deux coalitions qui ont réuni l’ensemble des partis qui forment l’opposition démocratique, le CST et l’Arc-en-ciel. Les résultats des législatives ont donné 18 députés pour l’ANC et 6 pour Arc-en-ciel qui n’existe pas à l’Assemblée nationale. En 2007, l’UFC qui s’était présentée seule aux législatives, avaient obtenu 27 sièges. Il faut savoir tirer les conclusions sur le passé. Avec les conditions actuelles, nous serons battus par le RPT/UNIR. Dire qu’il suffit qu’on soit ensemble pour avoir un raz-de-marée, je n’y crois pas. Le RPT/UNIR a des électeurs, à ceci il faut ajouter leurs potentialités de fraude. Une alliance électorale sur cette base ne sera que chimère. Avant toute alliance électorale, il est primordial d’avoir de meilleures conditions pour les élections, notamment en ce qui concerne le scrutin uninominal majoritaire à 2 tours,  un autre découpage électoral et la recomposition de la CENI. Tant que tous ces problèmes ne seront pas résolus, on peut se mette ensemble, ça ne servira à rien », a, pour sa part, indiqué Eric Dupuy.

Dans l’attente des facilitateurs, la C14 montre éprouve des difficultés face à la méthode à mettre en place pour aller aux prochaines législatives, l’ANC voulant probablement faire cavalier seul, espérant garder le statut de chef de file de l’opposition. Accusés par les « habitués de la scène » de n’avoir pas une véritable assise sur l’échiquier politique et de gonfler les rangs de la C14 pour des ambitions électorales, certains partis membres de la coalition semblent ne pas être d’accord, et murmurent. A cette allure, le risque de voir les autres partis de la C14 restés à quai est imminent. Chacun devra vraisemblablement se battre dans son fief pour gagner des sièges au Parlement.

Elom ATTISSOGBE