Tibou Kamara : « La question de la CENI trouvera une solution »

A l’issue des deux jours de travaux avec les protagonistes de la crise politique, Tibou Kamara, le conseiller personnel du chef de l’Etat guinéen, Pr, Alpha Condé, par ailleurs ministre de l’Industrie et des PME, s’est confié à la presse en ce qui concerne l’évolution du processus et le relevé de conclusions ayant sanctionné cette rencontre.

Que retenez-vous ?

Tout s’est très bien passé, puisque nous avons fait un relevé de conclusions, qui, comme nous le faisons d’habitude, résume les positions exprimées par les uns et les autres, et nous en ferons un rapport fidèle aux deux chefs d’Etat qui, à leur tour, vont prendre en compte ces préoccupations, et comme ils ont l’habitude de le faire, proposer des solutions pour franchir les obstacles qui se dressent sur le chemin du processus de facilitation qui leur a été confié par la CEDEAO.

Quels sont les principaux axes de ce relevé de conclusions ?

Il faut se féliciter de la confiance qui renaît progressivement entre les acteurs et de la volonté partagée par eux de régler tous les problèmes qui se posent dans le processus par le dialogue et la concertation.

A ce stade, c’est la question du processus électoral qui s’est posé avec une certaine acuité, parce que l’opposition estime que le processus se déroule sans elle, parce qu’elle exige notamment la réforme de la CENI pour qu’elle soit plus inclusive et qu’elle soit la caution d’une élection plus transparente, plus ouverte et plus crédible. C’est d’ailleurs une préoccupation que partage également la majorité au pouvoir. Il est de notre devoir de contribuer à ce que la CENI connaisse la recomposition souhaitée par toutes les parties, de manière à ce qu’elle contribue à renforcer le processus électoral, à ramener la confiance en son sein, et surtout assurer une participation plus effective de l’opposition à ce processus.

Quelles ont été les propositions venant de la part de la facilitation ?

Nous sommes dans un processus qui nécessairement va rencontrer des difficultés, des goulots d’étranglement. Mais à travers la volonté qui anime chacune des parties, et aussi la persévérance de la facilitation, c’est sûr que nous parviendrons, comme chaque fois, à des solutions satisfaisantes pour l’ensemble des parties. Peut-être pas des solutions parfaites, idéales, mais des solutions satisfaisantes pour toutes les parties. C’est ce que nous avons réussi jusqu’à présent et qui explique que la confiance renaisse progressivement et que nous soyons dans un processus plus apaisé pour le bonheur du peuple togolais.

La question de la CENI trouvera certainement une solution lorsque nous en ferons le compte-rendu aux deux facilitateurs, parce que c’est le gage d’un climat de confiance beaucoup plus important au sein du processus, et comme je le dis aussi, c’est la garantie de la participation effective de l’opposition. Ce que nous souhaitons tous depuis le début, parce qu’il faut mener le processus de manière concertée, mais aussi il faut qu’il soit inclusif.

Quand pouvons-nous espérer l’arrivée des deux facilitateurs ?

Déjà il y a une réunion de concertation prévue entre les deux dans les prochains jours. On a même proposé la date du 19 septembre, peut-être avant. Ils vont ensemble regarder le rapport de leurs ministres qui sont venus rencontrer les parties et à partir de là, ils vont rencontrer leur homologue togolais, le chef de l’Etat, pour partager les préoccupations exprimées par les deux parties, et certainement les autres acteurs, et par la suite, je suis convaincu qu’on parviendra à un consensus.

L’opposition se dit déjà déçue…

Ce matin, nous avons eu une session pendant laquelle je n’ai pas remarqué ce sentiment de déception. Nous sommes dans une politique de petits pas sûrs, avec des progrès certains et évidents. Et chaque fois, ce relevé de conclusions auquel j’ai fait allusion tout à l’heure a été partagé et ils se sont prononcés sur les différents termes. Ce n’est pas un accord ou des solutions que nous apportons aux préoccupations qui ont été soulevées. C’est une synthèse, un résumé des positions exprimées par les deux parties dont nous ferons un rapport aux deux facilitateurs. C’est à partir de ce moment qu’on peut parler de solutions ou de propositions de solutions pour avancer dans le processus.

Donc il n’y a pas lieu d’être déçu, puisque c’est cette méthode de travail qui a été retenue. Chaque fois, il y a lieu de recueillir les préoccupations, les relayer au niveau qu’il faut pour que des solutions soient trouvées. Je pense que cette méthodologie a montré son efficacité dans le temps et dans l’évolution du processus. Je ne vois pas de raison de ne plus croire à cette démarche.

La facilitation aurait dit à l’opposition de rejoindre la CENI et qu’après, on verra la suite…

Non. Moi je pense qu’il faut d’abord se féliciter que les deux parties aient renouvelé leur confiance à la facilitation. Si l’une ou l’autre partie avait été déçue, je pense qu’on n’aurait pas réitéré la confiance à la facilitation. Le travail que nous faisons, c’est à partir du sommet de la CEDEAO qui avait été tenu à Lomé et au cours duquel une feuille de route a été définie par rapport à la résolution globale de la crise. Donc c’est une avancée, chaque fois qu’on arrive à résoudre un point de la feuille de route.

Naturellement, l’opposition veut plus de lisibilité par rapport à la réalisation des différents points. Ce que nous comprenons parfaitement et ce à quoi nous nous attelons. Il faut savoir que depuis que nous avons commencé, on a avancé et il y a des obstacles qu’on croyait infranchissables sur le chemin, mas qui ont été surmontés. Et je pense qu’aujourd’hui, par rapport à la situation de départ, il y a eu des avancées significatives et le Togo renoue progressivement avec la confiance et la paix retrouvées dans un processus démocratique qui sera de plus en plus renforcé avec les réformes projetées et qui semblent avoir rencontré l’adhésion de toutes les parties et le soutien de la CEDEAO et de la communauté internationale.

Il ne faut pas poser le problème de manière isolée. La question, c’est comment faire en sorte que la CENI, dans la recomposition qui est prévue, puisse prendre en compte toutes les préoccupations exprimées par l’opposition et la majorité. Au sein de la CENI se retrouvent les deux tendances. Mais la finalité, c’est quoi ? C’est que la CENI soit inclusive et qu’elle reflète l’ensemble de sensibilités prévues par la loi, de manière à ce qu’elle ait la confiance de tous les acteurs et qu’elle puisse s’acquitter de son mandat dans un climat de confiance et de fiabilité. Il faut faire en sorte que l’évolution qui est prévue au sein de la CENI renforce la confiance en son sein et garantisse un processus plus ouvert dont l’aboutissement permettra d’arriver à une paix durable et à une démocratie plus ancrée dans les valeurs que tout le monde défend.

Les experts annoncés viendront-ils accompagner la CENI ?

Bien sûr. C’est l’une des principales recommandations de la CEDEAO et d’ailleurs, la commission qui appuie la facilitation dans la mise en œuvre de la feuille de route a fait le point de la situation et nous pourrons vous faire une copie du relevé de conclusions dans lequel les actions entreprises par la commission de la CEDEAO apparaissent clairement et laissent supposer la mobilisation d’experts aussi bien pour la mise en place d’un fichier fiable que pour l’assistance technique à la CENI pour que les opérations se déroulent dans un esprit de confiance et de régularité pour garantir justement la fiabilité de l’ensemble du processus.

Comme la loi le prévoit, la CENI a en son sein des représentants de l’opposition. Il se trouve qu’aujourd’hui, ceux qui y siègent au nom de l’opposition ne semblent pas avoir reçu le mandat ou n’ont plus la reconnaissance de cette opposition. C’est un problème de fond. Ça veut dire qu’il faut faire évoluer la CENI de manière à ce que l’opposition s’y reconnaisse véritablement et que tous ceux qui y sont, soient vraiment légitimes à travers ceux qui les ont mandaté à y être. Cette évolution est nécessaire pour renforcer l’image, la crédibilité et la fiabilité de l’institution.

Remettez-vous en cause les travaux effectués par la CENI à ce jour ?

La question ne s’est jamais posée en ces termes. La question, c’est comment renforcer la CENI et conduire le processus à son terme dans de meilleures conditions.

Interview réalisée par Béatrice AGBODJINOU