Sotchigate : Kelani Bayor brise le silence

Il a promis une conférence de presse pour donner sa version des faits dans l’affaire de la fausse athlète Alessia Afi Dipol présentée aux Jeux de Sotchi en 2014 ; un scandale révélé par « La Nouvelle Tribune » et qui a valu des sanctions prises par le Comité national olympique du Togo (CNO-Togo) à l’encontre de certaines figures de l’olympisme dans notre pays. Mis en cause par son prédécesseur, Auguste Dogbo, que nous avions interrogé, accusé de jouer à l’innocent, alors qu’il était chef de délégation au moment des faits, Azaad Kelani Bayor rompt le silence. Le président du CNO-Togo a accepté d’accorder une interview exclusive à notre rédaction pour situer les responsabilités dans ce dossier, évoquer le rôle qu’il y a joué et expliquer la sanction du bureau exécutif du CNO-Togo. Sans tabous !

Comment se porte le CNO-Togo ?

Le CNO-Togo se porte bien. Nous nous portons à merveille.

Quelle est l’actualité au CNO-Togo ?

Nous avons plusieurs nouvelles. Et l’une de ces nouvelles intéressantes, c’est l’affaire Dipol dont votre journal est à l’origine, et qui a conduit à la sanction des personnes impliquées dans ce scandale.

Justement, quelle est votre version des faits dans ce dossier Dipol ?

En 2014, nous avons eu la demande de la Fédération togolaise des sports de glisse pour qualifier quatre athlètes au départ. Mais à l’arrivée, seules deux athlètes semblaient être en règle. J’étais le 1er vice-président du CNO-Togo à l’époque. Je connais très bien ce dossier. Mais je ne l’avais pas initié. Je ne suis pas à l’origine de ce dossier. C’est mon prédécesseur, le président Auguste Dogbo, son Secrétaire général, M. Degboe, et le président de la Fédération togolaise des sports de glisse, Roger Evenamede. Moi j’étais là pour entendre et les voir faire.

J’ai en ma possession des documents qui indiquent la position que j’ai prise au moment des faits. Le 06 février 2014, le président Dogbo était en mission à Abidjan. J’assumais l’intérim en tant que 1er vice-président, en son absence. J’étais passé voir M. Nyagbé, le secrétaire administratif pour lui dire que je souhaiterais jeter un coup d’œil dans les dossiers des athlètes togolaises, parce que le départ était proche. Et j’ai remarqué pour le cas Alessia Afi Dipol, il se pose un problème. La fille n’a pas de document l’identifiant comme Togolaise. C’est moi qui ai débusqué le lièvre. C’est moi qui me suis rendu compte de cette anomalie. J’ai donc fait écrire par le secrétaire administratif, un mail au comité d’organisation des Jeux de Sotchi dans lequel il est écrit que Dipol Alessia ne peut pas prendre part à ces Jeux, car elle n’a pas une documentation attestant qu’elle est Togolaise, et que seule Mathilde Amivi Petitjean était qualifiée. Le courriel est là.

Et quand le président Dogbo était rentré de mission, le père de l’athlète Alessia Afi Dipol était dans nos murs, en compagnie de son frère. Nous les avions reçus. Et le père nous disait qu’il allait ouvrir une affaire ici à Lomé, dans la zone franche. Et je leur avais conseillé d’aller sur le site de la zone franche et de prendre connaissance des conditions d’installation d’une entreprise dans ce secteur d’activités. C’était ce que j’avais répondu à l’époque. Le président Dogbo était rentré de sa mission le 10 février, et le 11, il a envoyé un courriel directement au comité d’organisation des Jeux de Sotchi dans lequel il a écrit qu’il engage les deux athlètes, y compris celle qui n’a aucune affiliation avec le Togo, en violation de la Règle 41 de la Charte Olympique. Moi j’avais les bras croisés à l’époque…

Mais vous étiez chef de délégation à ces Jeux de Sotchi…

J’étais chef de délégation. C’est vrai. Mais je n’ai engagé personne dans cette compétition. La précision est utile, parce que j’écoute ici et là que j’étais chef de mission. Je n’étais pas chef de mission, mais plutôt chef de délégation. Les rôles sont différents. C’est M. Edorh, 1er vice-président de la Fédération togolaise des sports de glisse qui était chef de mission aux Jeux de Sotchi. Il a fait au moins cinq missions dans ce cadre. Je m’oppose donc à cette casquette de chef de mission qu’on me porte. J’ai juste conduit la délégation du Togo à ces Jeux.

Mais est-ce que ça vous dédouane pour autant M. Bayor ?

Je vous dis que je n’ai engagé aucune athlète aux Jeux de Sotchi et que j’avais même contesté l’inscription de Dipol Alessia Afi à ces Jeux. Je suis désolé. Le président Dogbo avait tranché et a écrit directement au comité d’organisation de ces Jeux, disant dans sa correspondance de ne pas prendre en compte la lettre de notre secrétaire administratif que j’ai fait rédiger et qui disqualifiait Dipol Alessia Afi.

Vous avez quand même accepté de conduire la délégation M. Bayor. Cette délégation dans laquelle il y avait une fausse athlète…

Il fallait quand même avoir un chef de délégation. Ça, c’est formel. Ça ne veut pas dire que j’endosse la responsabilité de la qualification de l’athlète en question.

Pourquoi n’aviez-vous pas dénoncé cela publiquement à l’époque ?

Je ne sais pas par quelle alchimie ils ont pu faire accepter Alessia Dipol à compétir aux Jeux de Sotchi. Je ne sais pas si le président Dogbo avait mis en branle ses propres relations. Il a écrit pour dire qu’il engage les deux athlètes. J’avais conduit la délégation à ces Jeux, respectant les ordres de mon président.

Sinon j’avais dénoncé cela, en m’opposant à la qualification de l’athlète. Mais le dernier mot revenait au président Dogbo.

La presse n’était pas informée à l’époque de cette dénonciation M. Bayor ?

C’est vrai. Mais moi j’étais déjà à Sotchi. On avait quand même des responsables à la communication. Tout est communiqué à notre cellule communication. Nous ne travaillons pas en vase clos. Tout est su.

Et à Pyongchang, que s’était-il passé ?

Aux Jeux de Pyongchang en 2018, j’ai écrit le 05 février, en ma qualité de président du CNO-Togo à l’athlète Dipol pour qu’elle ne fasse pas le déplacement de la Corée. J’avais même demandé à Emmanuel Ramanou de suivre le dossier de près. Il m’a répondu qu’il ne serait pas bien de ne pas inscrire l’athlète. Je lui ai dit que je prends mes responsabilités de président du CNO-Togo. A mon grand étonnement, à Pyongchang, Alessia Afi Dipol s’est présentée. J’étais dans ma chambre quand elle faisait son tapage. Qu’elle avait participé aux Jeux de Sotchi et qu’elle ne comprenait pas pourquoi on lui refuse maintenant la participation aux Jeux de Pyongchang. Et j’étais descendu. Elle est restée à la porte. Elle ne pouvait pas rentrer au village olympique.

J’ai été invité par le comité international olympique à me rendre d’urgence à une réunion à laquelle ont participé Jerôme Poivet, le juriste de la Solidarité Olympique, des membres du CIO, Alessia Dipol, son frère, et son père. La question m’avait été posée. Et j’avais donné toutes les explications. J’ai demandé à l’athlète Alessia Dipol de consulter ses messages. Elle a dit qu’elle n’avait pas lu mon message lui interdisant de ne pas se présenter aux Jeux de Pyongchang. Heureusement que j’avais la preuve. Et c’est ça qui nous a sauvé. Sinon, la sanction était déjà préparée par le comité international olympique pour radier le Togo des Jeux Olympiques.

Avez-vous pu situer les responsabilités aujourd’hui ?

Nous avons écrit au président Dogbo pour lui demander des explications dans cette affaire Dipol. Moi ça m’échappe. C’est lui qui est habilité à répondre. Je ne sais pas comment il a pu inscrire l’athlète. Moi je ne sais pas.

  1. Auguste Dogbo a confié à notre rédaction que vous étiez chef de mission au moment des faits et que vous en savez quelque chose…

N’allez pas loin. J’étais chef de délégation, et non chef de mission. Je rectifie. C’est très important. Ils ont tout cuisiné. Seulement pour voyager, on me confie la responsabilité de conduire la délégation. Ce que j’ai accepté. C’était là mon rôle. J’étais un assistant passif. Je n’ai jamais aidé à l’élaboration de ce dossier Dipol. Pas du tout.

Est-ce à dire que vous ne vous reprochez absolument rien dans cette affaire ?

Quand vous analysez tout ce que je viens de vous dire, est-ce que je dois me reprocher quelque chose ? Rien. J’ai l’onction de Dieu. Je suis béni. Ce que j’avais refusé, remonte à la surface.

Il se dit dans l’opinion qu’on doit lire derrière cette sanction de M. Auguste Dogbo, un règlement de compte…

En quoi ? Il n’y a aucun compte à régler. Au CNO-Togo, on ne blague pas. Il faut agir quand il y a lieu d’agir. Il ne s’agit nullement d’un règlement de compte. C’est une application de sanction qui doit corriger certains manquements. C’est un manquement dû à son rang. Je ne me reproche rien.

On ne peut pas ne pas parler la Fédération togolaise de boxe dont le CNO-Togo vient de sanctionner le président. Les clubs disent que le tout le bureau doit tomber, vu qu’il s’agit d’une élection de liste. Se dirige-t-on vers une nouvelle crise à la Fetoboxe, M. Bayor ?

Nous devons commencer à faire régner la discipline dans les fédérations. Toto est suspendu. Mais pour gagner ces élections à la Fetoboxe, il était tête de liste. C’est lui qui a composé toute l’architecture de sa Fédération. Si on le décapite, ça veut dire que tout le corps est mort. Donc le bureau ne doit plus exister, selon moi ma compréhension et mon entendement. Toto n’étant plus là, le bureau ne devrait plus exister.

Mais Zepp Kouété, en sa qualité de 1er vice-président de la Fetoboxe, aurait pu se rabattre sur le CNO-Togo ou le ministre pour poser clairement le problème pour qu’on puisse trouver une solution. A cette crise, il fallait tout simplement mettre une gestion en réponse à la crise pour gérer les affaires courantes afin de sauver les athlètes. Zepp Kouété devrait faire une Assemblée générale extraordinaire assorti d’un procès-verbal adressé au CNO-Togo et au ministère. En ce moment, le CNO-Togo et le ministère pouvaient s’entendre pour organiser une substitution ou un remplacement pour gérer cette crise, en attendant d’aller aux élections.

Le pays a tellement souffert de crises. J’agis en ligne droite. Je n’attaque personne. Je veux que les gens soient disciplinés. La Charte Olympique nous indique les voies à suivre vers des lendemains meilleurs. Et c’est important pour nous au CNO-Togo.

Interview réalisée par Elom ATTISSOGBE