SIAB : des odeurs de crise

Mauvais classement sur le marché togolais, résultats économiques et financiers moroses, gestion hasardeuse, cession en souffrance, la Société Inter-Africaine de Banque (SIAB) ne s’est jamais aussi mal portée. Cependant, elle ne désespère pas. Mais pas sûr qu’elle résiste encore à l’épreuve du temps…

Si elle n’a pas touché le fond, elle n’en est pas bien loin. La Société Inter-Africaine de Banque (SIAB), l’un des plus vieux établissements bancaires de la place traverse une crise interne. La situation a pris d’autres dimensions depuis le rachat avorté de la banque par le Groupe Wari de l’entrepreneur Kabirou Mbodje.

Victor Ehe (photo), directeur général de la SIAB, est au centre de toutes les accusations. Des facilités et crédits bancaires difficilement remboursés accordés par l’ancien directeur commercial de l’Union togolaise de banque (UTB) à des proches selon des indiscrétions, son « rôle clair-obscur » dans le processus de cession de la banque, sa gestion même de la SIAB, etc., sont les signes précurseurs de l’orage.

Pire, un rapport à charge de plusieurs pages relatif à la gestion faite de la SIAB par Victor Ehe est récemment envoyé à la commission bancaire de l’UEMOA. Une situation qui crée la panique au board de la structure, le mis en cause faisant des pieds et des mains pour prendre connaissance de ce rapport auquel il est encore étranger.

L’ambiance est actuellement des plus polluées à la SIAB, une banque en chute libre sur le marché togolais.

Créée aux termes d’un accord signé à Lomé (TOGO), le 09 avril 1975 entre le Togo et la Libye, la Société Interafricaine de Banque (SIAB), ex-Banque Arabe Libyenne Togolaise du Commerce Extérieur (BALTEX), est une société de droit togolais qui exerce une activité de banque commerciale.

Sur trois années consécutives (2011 à 2013), le résultat net de la SIAB a toujours connu une position déficitaire, passant de -275 millions de FCFA en 2011 à -30 millions de FCFA en 2012. En 2013, le résultat net se chiffre à -2 365 millions de FCFA soit une dégradation nette en valeur absolue de 2365 millions de FCFA. En 2014, le résultat net s’établit à 482 millions et s’explique par une opération de dation en paiement sur un immeuble objet d’une hypothèque sur une créance en souffrance d’un montant de 560 millions F CFA. L’opération a consisté à reprendre l’immeuble dans l’actif de la banque pour une valeur de 560 millions et solder ainsi la créance douteuse du client par les propres fonds de la banque en espérant de vendre l’immeuble pour assurer le recouvrement. C’est donc cette opération qui a permis de réaliser un bénéfice de 482 millions en 2014.

La SIAB fonctionne avec une seule agence et trois bureaux de transfert d’argent. Elle occupe ainsi la dernière position sur ce segment du secteur bancaire togolais. Globalement, elle détient une part de marché insignifiant (1% environ) pour tous les critères identifiés sur le secteur bancaire togolais.

A la clôture de l’exercice 2015, la SIAB a enregistré une perte de 374 millions FCFA.

Elom ATTISSOGBE