SIAB : la fin ?

En première ligne du combat pour sa survie, la Société interafricaine de banque (SIAB) continue d’émettre des signaux de détresse. Difficultés d’octroi de crédits aux clients, problèmes de trésorerie, etc., l’orage, si elle n’a pas fini de causer des dégâts majeurs, précipite la banque vers une crise systémique.

« Je suis + EN CONFIANCE quand je choisis la SIAB ». Cette phrase, griffée sur un slide montrant un jeune tout souriant sur le site web de la banque, n’est désormais qu’un vieux souvenir. En effet, depuis plusieurs mois, l’institution bancaire sise au 14, Avenue Sylvanus Olympio, ne rassure plus une clientèle de plus en plus dépitée. « Que se passe-t-il au juste ? Pourquoi ne nous dit-on pas ce qu’il y a ? L’argent a horreur du bruit et de l’incertitude », confie un client de la SIAB qui a fait une demande de crédit à laquelle aucune suite n’est donnée à ce jour. « Je ne suis pas le seul. D’autres clients sont aussi dans le même problème que moi et se plaignent », poursuit notre interlocuteur.

Selon nos recoupements, les signaux sont au rouge à la SIAB. Actuellement, les crédits sont arrêtés. Les plaintes d’une partie de la clientèle n’ont cessé de parvenir à notre rédaction, surtout que nous avons tiré la sonnette d’alarme dans nos précédentes parutions sur les risques encourus par cette banque si rien n’est fait par l’Etat pour améliorer sa gouvernance et lui garantir des lendemains meilleurs.

La recapitalisation : une Arlésienne

De nos investigations, il ressort qu’il se pose un problème de ressources financières à la SIAB présentement. Depuis le 14 juin 2017, l’Etat togolais a racheté les parts de la Libye pour un montant de 7 milliards FCFA pour redonner de l’oxygène à cette banque qui n’a que trop souffert. Sauf que le bout du tunnel est encore loin.

Il reste à la SIAB, après ce rachat des parts de la Libye, de se recapitaliser pour lui permettre de faire face à la concurrence. « C’est l’éternel problème de cette banque. La recapitalisation. Il faut que l’Etat le fasse. C’est bien d’avoir racheté les parts de la Libye aujourd’hui en difficulté. Mais c’est encore mieux d’opter pour une recapitalisation rapide de cette banque qui n’est pas loin de fermer tout simplement, à cause du manque de ressources dont il souffre et de la gestion hasardeuse et opaque qui est faite d’elle par l’équipe actuelle. Tout se passe comme s’il y avait des complicités à des niveaux donnés », commente un analyste financier en poste dans une institution à Lomé que nous avons interrogé.

« Cette banque n’avance pas. Elle s’enfonce au quotidien. En cinq années d’administration provisoire, elle ne s’est jamais aussi mal portée. Et puis l’autre anomalie, c’est le fait, pour l’Etat, d’avoir confié l’administration provisoire depuis 2013 à un cabinet d’avocats. Une gageure. Nulle part dans l’UEMOA, ce n’est possible. L’actuel directeur général de la SIAB n’est en réalité qu’un représentant de ce cabinet d’avocats, en tant qu’ancien cadre de banque, conformément à la décision de mise sous administration provisoire prise en 2013. Comme je l’ai dit tantôt, l’enjeu aujourd’hui, c’est de recapitaliser la banque. Et selon les résultats de certains audits qui ont eu à être menés, il faut au moins 10 milliards FCFA pour la recapitalisation de la SIAB, afin qu’elle soit de nouveau viable et qu’elle relève les défis. Mais qui a intérêt à ce que la banque ne soit pas recapitalisée ? Qui profite de cette situation frileuse ? C’est l’équation qu’il faut résoudre, parce que cette situation fait forcément le bonheur d’un groupe d’amis », renseigne l’analyste.

Selon nos informations, la recapitalisation de la SIAB ne fait pas partie des priorités de l’administration provisoire. Curieusement, l’Etat n’en dit rien aussi. Toutes nos tentatives d’entrer en contact avec les premiers responsables de la banque, afin qu’ils puissent nous expliquer la situation de la société, sont demeurées vaines à ce jour.

A la mise sous administration provisoire en 2013, la SIAB affichait un capital de 6.635.000.000 FCFA et des fonds propres effectifs de 2.898.000.000 F CFA. A la clôture de l’exercice 2015, la SIAB a enregistré une perte de 374.000.000 FCFA. La commission bancaire de l’UMOA avait demandé suite à une mission de contrôle de la banque, des provisions complémentaires d’environ 600.000.000 FCFA.

Les pertes continuent de s’accumuler d’exercice en exercice et rien ne se fait pour redresser la barre. En 2016, la SIAB a enregistré 500.000.000 FCFA de pertes, et plus de 700.000.000 FCFA en 2017. De quoi s’inquiéter par rapport aux perspectives de cette banque quarantenaire.

Elom ATTISSOGBE