SGI-TOGO : ce grand corps malade

Société de bourse de place, la SGI-TOGO (Société de Gestion et d’Intermédiation du Togo), jadis efficace et dynamique sur le marché financier, perd de sa superbe depuis la nomination de Mensah Kokou Assigbi. Pourquoi la société ne se rend plus active sur le marché financier ? Comment a-t-elle baissé de régime ? Pourquoi le dernier emprunt obligataire lui a échappé ? Quid du personnel qui a perdu toute motivation ? Retour sur la gestion d’un directeur général décrié.

Le Ministre de l’Economie et des Finances, par Arrêté N°0187/MEF/SG/DGTCP/2017 du 29 novembre 2017, a  donné autorisation à la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique d’émettre sur le marché financier régional de  l’Union Économique et Monétaire  Ouest Africaine  (UEMOA),  un  emprunt  obligataire  dénommé « TPTG 6,90% 2018-2023 » d’un montant de soixante milliards (60 000 000 000) F CFA, environ 96 millions de dollars. Un emprunt obligataire est un emprunt lancé par une entreprise, une banque, un Etat ou une organisation gouvernementale, matérialisé sous forme d’obligations qui sont achetées par des investisseurs. C’est une dette remboursable à une date et pour un montant fixé à l’avance, et qui rapporte un intérêt. En cours de vie, la valeur d’une obligation évolue à la hausse ou à la baisse. Le capital étant intégralement remboursé à l’échéance, la vente avant l’échéance peut donc entraîner des plus-values ou des moins-values.

« La  présente émission d’emprunt obligataire vise le paiement des arriérés de la dette publique intérieure et la mobilisation de ressources destinées au financement des projets porteurs de croissance. Le montant de l’émission est de 60 000 000 000 FCFA représenté  par  6  000  000  d’obligations  d’une  valeur nominale de 10 000 FCFA chacune. La souscription sera ouverte du 20 décembre 2017 au 20 janvier 2018 inclus. Elle pourra être raccourcie, prolongée ou  déplacée  à  la  discrétion  de  l’Émetteur,  après  avis  du Conseil  Régional  de  l’Épargne Publique et  des  Marchés Financiers (CREPMF). Les souscriptions des  Obligations  seront  reçues,  aux guichets des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) de l’UEMOA. Les  Obligations  sont  émises  sous  la  forme  de titres dématérialisés au porteur. Elles seront obligatoirement inscrites en comptes tenus par un intermédiaire habilité au choix du porteur. La propriété des Obligations sera établie par une inscription en compte. Les Obligations seront  conservées  auprès  du  Dépositaire  Central / Banque  de  Règlement  (DC/BR). Le  DC/BR  assurera la  compensation  des  Obligations  entre  teneurs  de comptes. Le prix d’émission sera de dix mille (10 000) F CFA par titre obligataire, payable en une seule fois à la date de souscription. La date de jouissance et la date de règlement sont fixées au 26 janvier 2018. Le taux nominal annuel est 6,90%. Les Obligations rapporteront un intérêt annuel de 690 FCFA, soit  semestriellement  345  F  CFA  par titre,  le premier coupon étant payable six (6) mois après la date de jouissance ou le premier jour ouvré suivant. La durée de l’emprunt est de 5 ans. », précise la Note d’Information disponible sur le site de la SGI-TOGO.

Chose curieuse, dans le processus d’attribution de l’emprunt obligataire, la SGI SOGEBOURSE (Abidjan, Côte d’Ivoire) a été mandatée par l’Etat togolais, en qualité de Chef de file et a en charge la mise en œuvre de l’opération suivant les règles en vigueur sur le marché financier régional de l’UEMOA. Le Chef de file a sélectionné l’établissement financier SGI NSIA FINANCE comme Co-chef de file du syndicat de placement. La SOGEBOURSE, Société Anonyme avec Conseil d’Administration, a été créée à l’initiative de SGBCI (Société Générale de Bourse de Côte d’Ivoire), dans le cadre de la mise en place du marché financier régional. Filiale bourse du Groupe SGBCI, elle a été agréée le 15 décembre 1997 par le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF), en qualité de Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI). Conformément aux dispositions réglementaires, la SOGEBOURSE est actionnaire de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et du Dépositaire Central/Banque de Règlement. SOGEBOURSE est l’un des leaders des 20 SGI en activité sur le marché financier régional.

Au début de l’opération, la SGI TOGO aurait fait une proposition pour être désignée Chef de file, avec un taux moyen annuel de 6,5%. Ce qui est souhaitable dans le domaine de l’emprunt obligataire, c’est que la SGI de l’Etat demandeur, puisse piloter, co-piloter, arranger, ou co-arranger l’opération. « Quand une SGI est Chef de file d’une opération d’emprunt obligataire, elle peut bien se porter sur une durée de cinq ans par exemple », nous confie un financier sous couvert de l’anonymat. Or, la banque Société Générale avait de l’appétit pour l’opération.

Selon des indiscrétions parvenues à notre rédaction, l’Etat aurait contracté un prêt auprès de Société Générale pour régler une situation dans le mois de novembre, après des tentatives infructueuses avec Orabank. Voulant tirer meilleur profit de sa position, Société Générale aurait proposé la Société de Gestion et d’Intermédiation à Abidjan en Côte d’Ivoire (SOGEBOURSE) comme Chef de file de l’emprunt obligataire par appel public à l’épargne Trésor Public du Togo TPTG, avec un taux de 6,90%. « Ce taux rend le coût de l’opération onéreux, l’intérêt à payer étant élevé. Pourquoi ? », s’interroge un analyste financier.

Ayant dormi sur ses lauriers, le directeur général de la SGI-TOGO n’aurait pas défendu son dossier pour que sa structure puisse décrocher l’opération, sachant pertinemment ce que gagne une SGI comme Chef de file ou co-Chef de file dans un emprunt obligataire. L’opération a donc échappé à la SGI-TOGO. C’est bien après, que depuis le Canada où il se trouve actuellement avec sa famille et dont il aurait également la nationalité selon certaines sources, il se serait activé pour défendre son dossier. Trop tard. SOGEBOURSE décroche la timbale.

Depuis sa nomination à la direction générale de la SGI-TOGO, Mensah Kokou Assigbi ne se montre pas habile sur le marché financier. En dix ans de gestion, l’homme n’a réussi qu’un seul emprunt obligataire, alors que ses prédécesseurs dont Ingrid Awadé, en cinq ans, en ont fait deux, voire trois.

Un personnel dépité

Malgré les recommandations du Conseil d’administration pour améliorer les conditions de vie et de travail du personnel de la SGI-TOGO, son directeur général ne semble pas bouger d’un iota. Dans les couloirs de la société, le manque de motivation est évident. Pas de promotion des employés en dix ans, flou autour du processus de recrutement des contractuels et stagiaires, etc. « Il lui a été soumis un plan de promotion des employés par le Conseil d’Administration. Jusque-là, rien. », déclare une source qui n’a pas voulu que son nom soit cité. « Avant, nous n’avions pas ce problème. Sous la direction générale d’Ingrid Awadé, tout allait bien. Elle était rigoureuse et prenait bien soin de nous. Nous ne nous plaignions pas. Mais depuis l’arrivée de M. Assigbi, nous avons beaucoup de problèmes au niveau du personnel. Il y a actuellement un profond malaise. Cela déteint sur le travail que nous faisons actuellement. Les gens manquent de motivation », renchérit une autre source.

Toutes nos tentatives pour joindre le directeur général de la SGI-TOGO sont restées vaines, l’intéressé étant en déplacement.

Le Conseil d’Administration sollicité

Présidé par Ingrid Awadé, rigoureuse et connue pour ses résultats salutaires comme directrice générale de la SGI-TOGO dans un passé récent, le Conseil d’Administration de la société est appelé à la rescousse pour redresser la barre. Sur le marché de l’emprunt obligataire, beaucoup ne comprennent pas pourquoi en dix ans, le directeur général Assigbi, n’a pu réussir qu’un seul.

En ce qui concerne le personnel, la gestion chaotique oblige le Conseil d’Administration à dépoussiérer les recommandations relatives à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

Créée le 4 décembre 1996, la Société de Gestion et d’Intermédiation du Togo (SGI-TOGO) a démarré ses activités en 1998. C’est une société anonyme au capital social de 1 680 000 000 (un milliard six cent quatre-vingt millions) F CFA agréée par le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) sous le N° 0143 le 15 décembre 1997. Membre de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), la SGI-TOGO est une société de bourse de place dont l’actionnariat est composé de banques, de compagnies d’assurances et de réassurances, d’établissements financiers ainsi que de divers opérateurs économiques privés du Togo.

La SGI-TOGO a pour mission l’intermédiation entre les capacités de financement et les besoins en financement en vue du développement économique et l’accroissement de la richesse des actionnaires des entreprises, celle des investisseurs particuliers et institutionnels ainsi que toutes les autres parties prenantes.

Elom ATTISSOGBE