Retour sur le 11ème Forum national du paysan togolais

Les rideaux sont tombés sur le Forum National du Paysan Togolais (FNPT). La 11ème édition de ce Forum s’est tenue du 11 au 13 avril à Kara (ville située à plus de 420 Kilomètres nord de Lomé). Une occasion pour les 600 participants dont 300 producteurs, 100 entrepreneurs et opérateurs économiques et 200 personnes d’autres acteurs du secteur agricole de plancher sur les modalités de transformation du secteur agricole conformément aux objectifs du Plan national de développement (PND). Trois jours d’activités riches et diversifiées pour les différents acteurs.

Ouverte le jeudi 11 avril lors d’une cérémonie présidée par le ministre de l’Agriculture, de la Production Animale et Halieutique, Noël Koutera Bataka, la 11ème édition a connu son apothéose le samedi 13 avril par la présentation des résultats des travaux, en présence du Premier ministre Komi Selom Klassou. Ce dernier s’est par ailleurs prêté à l’exercice de questions-réponses, afin d’éclaircir d’éventuelles zones d’ombre et expliquer également le bien-fondé du PND pour les agriculteurs. Il a ensuite procédé au don de matériels agricoles aux paysans.

Placé sous le thème « les pôles de transformation agricole pour valoriser les potentialités au Togo : une nouvelle vision traduite par le PND », ce Forum a pour principal objectif de renforcer la dynamique de développement des pôles de transformation agricole à travers l’organisation, la structuration et le financement des chaînes de valeur agricoles, afin de contribuer efficacement à l’atteinte des objectifs du PND ( 2018-2022).

La spécialité de cette énième édition, c’est le concret dont ont fait preuve les participants, c’est-à-dire « comment faire de l’argent à travers l’agriculture ? » ou encore « comment faire le business agricole ? ». Ce qui n’était pas le cas lors des éditions précédentes. « On a plus besoin de diagnostics, tout est déjà connu, des rapports, il y en a plein sur la table. Il n’y a plus lieu de perdre du temps à bavarder. Allons maintenant au concret. Comment ramener les jeunes à la terre ? », a recadré le ministre Bataka quand il a constaté que les acteurs passaient à côté de l’essentiel lors des travaux en commission. Pour lui, « il est maintenant question de parler business, comment faire de l’argent à travers l’agriculture ? Qui va vendre quoi à qui ? Qui va acheter quoi auprès de qui ? À quel prix négocier des contrats d’investissement, d’achat, etc. »

Déroulement des travaux

Tout a débuté par des conférences-débats. On en a enregistré au total sept au cours de ce Forum. Elles ont respectivement porté sur le bilan de la campagne agricole 2018-2019, la revue de la mise en œuvre des recommandations de la 10ème édition du Forum, les innovations de la loi portant le code foncier et domanial en lien avec la gestion des terres agricoles, le recensement numérique des acteurs du secteur agricole pour l’amélioration de l’offre de service aux usagers, les contrats programmes et les contrats acteurs, le projet de loi d’orientation agricole, le programme de transfert de technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique (TAAT) initié par la Banque Africaine de Développement (BAD) et enfin, le projet de station de transfert de produits agricoles avec développement d’une chaîne de valeur. Un panel a été également animé pour parler de l’organisation et du financement des chaînes de valeur agricoles à travers le Mécanisme incitatif et de financement agricole (MIFA) et les opportunités d’investissement dans le secteur agricole dans le cadre du PND.

Les points saillants ayant fait l’objet de discussions ont porté sur les opportunités d’affaires et d’investissement dans le secteur agricole au Togo, les offres de service de MIFA et l’augmentation des financements au profit des acteurs du secteur agricole, l’amélioration de la qualité et la labélisation des produits agricoles togolais,  la problématique de la gestion foncière, notamment les dispositions relatives au nouveau code foncier et domanial, les facteurs de baisse de la production pêche artisanale maritime et le renforcement de l’autonomisation des femmes.

La deuxième journée s’est déroulée les travaux en commissions (tables-filières) suivie d’une restitution en plénière. Les travaux en commissions ont été organisés sous forme de tables de négociations, d’une part entre les acteurs des chaînes de valeurs eux-mêmes, et d’autre part entre les acteurs des chaînes de valeurs et le secteur public. Au total, quatorze commissions ont été constituées pour les tables-filières. Elles ont porté sur les filières végétales (manioc, soja, maïs, riz, coton, café-cacao, sésame, anacarde, karité, fruits et légumes), les filières animales (volailles et petits ruminants) et les filières halieutiques (poissons).

Résultats issus des tables filières

Au niveau de chaque filière, des contrats, des décisions concrètes ont été prises. Au niveau de la filière anacarde, pour la campagne agricole 2019-2020, les contrats d’affaires entre acteurs portent sur les quantités suivantes : 1.900.000 plants aux producteurs à fournir par les pépiniéristes, 9 000 ha de nouveaux vergers seront emblavés et 24 000 tonnes de noix de cajou brute seront produites (avec une productivité de 600 kg/ha), 6 000 tonnes de noix brute seront transformées en amandes blanches par les transformateurs. Les producteurs se sont engagés à œuvrer au renforcement de la structuration de la FNCPA (à plus de proactivité, utiliser les bonnes pratiques agricoles afin d’augmenter le rendement en qualité et en quantité), obtenir des contrats fermes avec les autres maillons. Le chiffre d’affaire total aux producteurs s’élève à 9,6 milliards FCFA.

Concernant la filière apicole, les contrats d’affaires entre acteurs portent sur 61 tonnes de miel et 6 tonnes de cires seront produites et fournis par les apiculteurs, avec un renforcement de 12 à 15 kg/ruche. Les transformateurs se sont en effet engagés à transformer 2,05 tonnes de cire avec la création de 1585 emplois supplémentaires. Le chiffre d’affaire total aux apiculteurs s’élève à 233 millions FCFA.

Au niveau de la filière sésame, pour la prochaine campagne agricole, les acteurs se sont engagés à signer des contrats d’affaires pour 67 000 tonnes de production, avec un rendement de 800 kg/ha, 10 000 tonnes de produits transformés et 57 000 tonnes de produits brut commercialisés. On envisage la création de 4.500 emplois. Le chiffre d’affaires total aux producteurs s’élève à 900 millions FCFA.

Pour la filière poisson, les pisciculteurs s’engagent sur les quatre prochaines années à produire 1 000 tonnes en 2019, 1 200 tonnes en  2020, 1 500 tonnes en 2021, 1 800 tonnes en 2022.  Le surgélateur s’engage à transformer et à mettre sur le marché annuellement 7 200 tonnes de poissons. 350 emplois seront créés et le chiffre d’affaires total dans le secteur s’élève à 1,6 milliards FCFA.

En ce qui concerne la filière soja, les contrats d’affaires entre acteurs portent sur  50 000 tonnes de produits, avec un rendement de 1 tonne/ha.  De  ce volume de production, 11 000 tonnes seront transformées, 118 000 tonnes de produits bruts (dont 78 000 tonnes de produits bio et 40 000 tonnes de soja conventionnel) seront mises sur les marchés.

A  ce niveau, 6 721 emplois supplémentaires seront créés par la filière. Le chiffre d’affaire total aux producteurs s’élève à 7,5 milliards FCFA.

En ce qui concerne la filière maïs, il ressort des échanges entre les acteurs, les éléments de contractualisation  suivants : 45 000 tonnes de maïs seront produites, avec un rendement de 2 tonnes/ha ; 2 500 tonnes produites feront objet de transformation et 2 980 tonnes de produits bruts seront mises en jeu sur le maillon de commercialisation. 500 nouveaux emplois seront créés par la filière. Le chiffre d’affaires total aux producteurs s’élève à 5,85 milliards  FCFA.

Relativement à la filière manioc, les engagements entre acteurs portent sur la production de 40 000 tonnes de produits, avec un rendement de 15 tonnes/ha, la  transformation de 110 000 tonnes de produits par plusieurs unités, la commercialisation de 2 tonnes de farine panifiée et 180 tonnes de gari. 1 015 emplois supplémentaires seront créés par la filière. Et le chiffre d’affaires total aux producteurs s’élève à 800 millions FCFA.

Pour les filières café-cacao, les opportunités d’affaires dégagées entre les maillons et les marchés pour la campagne agricole 2019-2020 portent sur 34 000 tonnes de production (dont 20 000 tonnes de café et 14 000 tonnes de cacao), pour un rendement de 600 kg/ha ; 60 tonnes de produits (dont 30 tonnes de café et 30 tonnes de cacao) transformés ; 33 940 tonnes de produits seront mises en jeu sur le maillon de commercialisation (dont 19 970 tonnes de café et 13 970 tonnes de cacao). 4 500 nouveaux emplois seront créés par la filière, avec 1 500 emplois directs et 3 000 emplois indirects. Le chiffre d’affaires total aux planteurs s’élève à 28 milliards FCFA dont 14 milliards FCFA pour le café et 14 milliards FCFA pour le cacao.

Au niveau de la filière karité, les différents acteurs présents dans la table-filière ont convenu de s’engager selon pour une production de 35 000 tonnes de noix pour un rendement de 13,5 tonnes par pied. Les transformateurs ont exprimé un besoin de 80 000 tonnes de karité dont 40 000 tonnes par Nioto, 30 000 tonnes par STK et 10 000 tonnes par DZIFANOU GROUP. 25 000 emplois seront créés selon les prévisions faites par les acteurs de ce secteur. Le chiffre d’affaires total aux producteurs ici s’élève à 5,25 milliards FCFA.

Pour la filière riz, les différents acteurs présents à la table-filière ont convenu de s’engager pour une production de 5 000 tonnes de semences performantes. Un volume de production de 11 800 tonnes de riz paddy (avec une productivité de 3,5 tonnes/ha), une quantité de 22 000 tonnes transformées par les unités implantées (en complément des volumes faisant déjà objet de contractualisation) avec 1330 emplois à créer. Le chiffre d’affaires total aux producteurs s’élève à 1,71 milliard FCFA.

Au niveau de la filière petite ruminante, les contrats d’affaires ont porté sur 100 000 têtes d’animaux livrés par les éleveurs, 100 000 têtes d’animaux transformés et commercialisés par les unités de transformation (sur un besoin annuel de 200 000 têtes). Il est attendu 7 300 nouveaux emplois pour un chiffre d’affaires total aux éleveurs de 3,5 milliards FCFA.

Au titre de la filière avicole, les différents acteurs présents à la table-filière ont convenu de s’engager sur des points suivant : les fournisseurs de poussins d’un jour livreront 1 100 000 poussins aux aviculteurs ; les fournisseurs de provendes rendront disponibles 5 000 tonnes d’aliments pour les éleveurs ; les aviculteurs livreront 1 000 000 têtes de volailles, pour un rendement de 1,2 Kg vit/poulet ; 1 1 200 tonnes de poulets seront transformées par les unités de transformation (sur un besoin annuel de 200 000 têtes) et mis sur le marché. 500 emplois seront créés par la filière. Le chiffre d’affaires total aux éleveurs s’élève à 1,44 milliard FCFA.

Au sujet de la filière fruits et légumes, les engagements entre acteurs portent sur les éléments suivants, selon les filières : pour la filière ananas : 1000 tonnes de fruits seront livrées par les producteurs aux unités de transformation (ESOP ananas, Jus Nabio, Ré de jardin), qui ont exprimé un besoin de 1 060 tonnes. 1 018 emplois créés et le chiffre d’affaires aux producteurs s’élève à 125 millions FCFA.

Pour la filière tomate : 4 020 tonnes seront produites, pour un besoin de 3 000 tonnes exprimées par les unités de transformation, notamment par les sociétés TANKO FOOD et RE DE JARDIN ; 1200 emplois créés, le chiffre d’affaires aux producteurs s’élève à 201 millions FCFA.

Pour la filière oignon : une demande de 2 000 tonnes a été exprimée par les sociétés de commercialisation. Elle trouvera satisfaction dans l’engagement des producteurs à livrer 2 120 tonnes. Le chiffre d’affaires aux producteurs s’élève à 530 millions FCFA.

Au niveau de la filière mangue, 450 tonnes seront fournies pour satisfaire la demande de 400 tonnes exprimées par l’agrégateur engagé dans le modèle d’affaire. Le chiffre d’affaires aux producteurs s’élève à 45 millions FCFA.

La table-filière au niveau de la filière coton a accouché de l’engagement de la NSCT à mettre en place à temps des intrants en quantité et en qualité à concurrence de 175 000 ha, fournir un service d’appui accompagnement efficace et rapproché, collecter tout le coton produit au plus tard le 30 avril 2020, maintenir la paye rapide aux producteurs dans un délai maximum de deux semaines, égrener tout le coton graine collecté, avec un rendement fibre de 42 % et enfin saisir les meilleures opportunités pour la commercialisation de 63 000 tonnes de fibre de coton.

Les producteurs de la filière coton se sont engagés à emblaver 175 000 ha pour produire 150 000 tonnes de coton graine, avec un rendement de 850 kg/ha. Le chiffre d’affaires aux producteurs s’élève à 39 milliards FCFA.

Les engagements pris

La table-filière ne s’est pas seulement arrêtée à la signature de contrat. Pour donc créer des conditions favorables à la réalisation des engagements pris, les acteurs ont fait des recommandations. Il s’agit de prendre les dispositions pour renforcer la gestion apaisée de la transhumance à travers la mise en place de projets de production d’aliment pour bétail (foins, ensilage etc.). Il s’agit également de prendre des mesures pour promouvoir la consommation locale en imposant un pourcentage des produits locaux dans la consommation institutionnelle, les achats des services publics et parapublics, etc. au Togo. Il est question d’amplifier la mise en place des ZAAP avec des retenus d’eaux soutenues par des crédits à long terme et enfin, renforcer les efforts de désenclavement des zones de production, afin de faciliter les écoulements des produits et d’améliorer la compétitivité des différentes filières.

C’est sur une note de satisfaction que les autorités ainsi les acteurs et partenaires ont mis fin à cette 11ème édition du Forum national du paysan qui d’ailleurs a vu la décoration de 35 meilleurs acteurs de l’agriculture par le Premier ministre Komi Selom Klassou dont 16 Officiers de l’ordre du mérite agricole et 19 Chevaliers de l’ordre du mérite agricole.

Voilà qui renvoie les différents acteurs du secteur agricole au travail, conformément aux engagements, afin que l’agriculture togolaise quitte son état actuel pour devenir un vrai levier de développement du pays.

Stanislas AZIATO