Rapport CAN 2013 : Extraits…

C’est un scandale d’Etat. En effet, la participation togolaise à la CAN 2013 en Afrique du Sud est tout sauf exemplaire. Les différents comités mis en place à l’époque sont aujourd’hui à l’épreuve d’une pression populaire, à l’orée de la prochaine participation des Eperviers à la CAN Total Gabon 2017. C’est l’heure des comptes. Au terme d’une grande enquête menée par « La Nouvelle Tribune » et dont nous avons publié une première partie dans notre précédente parution, nous révélons d’autres dessous de cette gestion hasardeuse des fonds publics.

Le Togo s’est qualifié le 12 octobre 2012 pour la CAN 2013 en Afrique du Sud. Cette qualification sonnait le démarrage des préparatifs à la participation de notre pays à la CAN. Afin de faciliter l’organisation et la participation du Togo à cette manifestation, trois comités créés par décret le 11 décembre 2012, avaient pour mission de préparer, organiser et conduire l’équipe de football du Togo et les différentes délégations en Afrique du Sud.

A la fin de leur mission, le comité de mobilisation des fonds a présenté un rapport provisoire d’activités en mars 2013 et la cellule spéciale de gestion des fonds a présenté un rapport provisoire de gestion des fonds.

Le gouvernement du Togo, dans un souci d’éclairer le peuple sur les rapports ainsi présentés, a nommé par arrêté N° 036/MEF du 21 mars 2013 les cabinets Auditeurs Associés en Afrique, KPMG Togo et International Investment Corporation Sarl pour auditer la gestion des fonds, et des comptes bancaires ouverts pour la circonstance.

Les objectifs de cet audit sont d’apprécier la véracité, l’exactitude et l’exhaustivité des recettes et charges de la CAN 2013, procéder à la vérification des opérations effectuées sur les comptes bancaires ouverts dans le cadre de la CAN 2013, vérifier que les procédures convenues de gestion administratives, financières et comptables appliquées sont satisfaisantes dans leur conception et dans leur application, apprécier la conformité des charges avec le cadre budgétaire et comptable défini, et donner enfin une appréciation sur la gestion des fonds et la gestion des comptes bancaires, y compris la caisse de la CAN 2013.

Données clés de la gestion de la CAN 2013

Le rapport financier de la Cellule de gestion des fonds, soumis à l’auditeur, présente des recettes totales récoltées dans le cadre de la mobilisation des fonds pour la participation du Togo à la CAN 2013 à 1.287.800.000 FCFA, alors que les dépenses sont chiffrées à 2.602.500.000 FCFA.

L’auditeur (ICC Sarl) évalue les recettes à 1.864.400.000 FCFA et les charges à 2.739.100.000 FCFA, après avoir apporté les différentes corrections et ajustements, comme indiqué dans le tableau publié ci-dessous. Soit un déficit de 874.700.000 FCFA engrangé sur la participation du Togo à la CAN 2013.

Le rapport de l’auditeur indique que la cellule spéciale de gestion a obtenu un découvert bancaire global (solde débiteur BTCI et solde créditeur ECOBANK) de 1.207.700.000 FCFA. Il s’ensuit un découvert inexpliqué d’un montant de 26,5 millions FCFA qui doit être remboursé.

Sur 440,7 millions FCFA de mise à disposition et retraits en espèces, 92,7 millions n’ont pas été justifiés selon l’auditeur. La gestion des comptes bancaires spéciaux ouverts pour la CAN 2013, présente plusieurs insuffisances dans les procédures utilisées.

Absence de brouillard de caisse, de PV de caisse

La quasi-totalité des payements effectués au Togo dans le cadre des manifestations populaires et des préparatifs pour le départ en Afrique du Sud, l’ont été en espèces. Des mises à disposition de fonds d’un total de 440,7 millions FCFA ont été accordées à certains membres du comité de mobilisation des fonds, afin de faire face aux dépenses. Il s’agit de Christophe Matchazima Prey, Etienne Bafaï, Mme Suéto Gbodui, Adoté Akué, M. Kpakoté, et Biréani Bédinadé.

Pourtant, les dépenses totales en espèces pointées par l’auditeur s’élèvent à 392,5 millions FCFA, contre les mises à disposition de 440,7 millions.

Vérification des dépenses

S’agissant des dépenses générales, l’auditeur a distingué les dépenses à Lomé des dépenses en Afrique du Sud, les dépenses de fret aérien entre le Togo et l’Afrique du Sud, les primes de matchs des joueurs, les per-diem de mission des membres des différentes délégations ayant fait le déplacement en Afrique du Sud.

Pour la vérification de la gestion  des comptes spéciaux ouverts à la BTCI et à ECOBANK, l’auditeur a reçu à sa demande la note de décision du comité ad’hoc de supervision 001/CAS/CAN 2013 portant désignation des personnes habilitées à faire fonctionner les comptes spéciaux. Suivant les dispositions de cette décision, les opérations sur les deux comptes sont autorisées par le président du comité ad’hoc de supervision, établis sous sa signature et celle du président du comité de mobilisation des fonds. En cas d’empêchement du président du comité ad’hoc de supervision, les ordres à exécuter  sur les comptes spéciaux sont valides s’ils portent la double signature de M. Etienne Bafaï, président du comité de mobilisation des fonds et de Laurent Bédinadé. L’auditeur révèle avoir retrouvé dans les documents, une autre décision non signée sur laquelle figure le nom de Prey Matchazima comme signataire également avec le président du comité de mobilisation des fonds.

L’auditeur relève donc que des personnes non habilitées ont effectué des opérations sur les comptes bancaires. Des primes ont été avec juste des mails adressés par la secrétaire du directeur général de la BTCI à d’autres collaborateurs du DG.

Les recettes des activités diverses de mobilisation des fonds

Les recettes de vente de cartes d’invitation au diner de gala, c’est trois chiffres : 3.464.400 FCFA, le montant déclaré dans le rapport du comité de mobilisation des fonds, 5.414.400 FCFA, le montant après contrôle des différents justificatifs et 14.400.000 FCFA, le montant qui aurait dû être enregistré, en suivant les souches des tickets, sans compter les carnets de tickets non retrouvés.

Les contrôles et vérifications sur la facture et le bon de livraison de l’imprimeur indiquent 50 carnets de 10 tickets de diner de gala livrés au comité de mobilisation des fonds, soit 500 tickets. L’auditeur a relevé qu’il y avait deux types de tickets de diner (tickets simples à 50.000 FCFA et VIP à 100.000 FCFA), mais ignore la répartition des 500 tickets entre les deux types.

L’auditeur a pu contrôler et vérifier la vente de 130 tickets VIP (100.000 FCFA) et de 28 tickets simples (50.000 FCFA). Il a également reçu 220 tickets simples non vendus. Ce qui  porte à 378, le nombre de tickets vérifiés, soit un manquant de 122 tickets, dont l’auditeur ignore ce qu’ils sont devenus.

Des décharges, copies de courriers de transmission de fonds, et des souches de reçus d’encaissement, il ressort qu’un montant de 1.950.000 FCFA de ventes de tickets de gala non enregistrées dans la comptabilité du comité.

Parmi les contrats des prestations des artistes, des animateurs de la soirée, l’auditeur relève certaines anomalies. Le contrat du célèbre animateur Robert Brazza, devenu consultant sportif sur Canal + indique des honoraires de 2.000.000 FCFA. L’auditeur n’a pas retrouvé sa décharge indiquant qu’il a été payé. Néanmoins, dans le rapport financier de la cellule spéciale de gestion, il est indiqué qu’il a encaissé 4.000.000 FCFA. L’auditer estime que s’il y avait eu un avenant sur son contrat, ce changement de prix y serait indiqué. En l’absence d’un document indiquant cette modification, seul le montant du contrat, soit 2.000.000 FCFA sont validés. La facture de l’hôtel Sarakawa pour les frais de séjour de 91.500 FCFA de Robert Brazza figure dans la rubrique « diner de gala », mais elle a été encore reprise dans la rubrique « dépenses directives ».

S’agissant de l’animatrice Diane Agbodo, son contrat indique bien 250.000 FCFA avec une décharge manuscrite de 250.000. Mais le rapport financier de la cellule spéciale indique un montant de 500.000 FCFA.

L’auditeur conclut donc que les charges du dîner de gala doivent être réduites de 2.250.000 FCFA.

Les dépenses de la CAN 2013

S’agissant des primes des joueurs campés et qui n’ont pas été retenus (Salifou Safiou, Laomey Nougnimeton, Mango Senah), dans le projet de budget de la CAN 2013, il était prévu 5.000.000 FCFA au bénéfice des trois joueurs campés non retenus. Mais selon les dépenses présentées, et conformément à la fiche d’émargement, seulement 2.500.000 FCFA ont été payés à ces joueurs.

L’auditeur a aussi relevé que certaines dépenses ne figurent pas dans le rapport de la cellule de gestion de fonds de mars 2013 pour un montant de 40 millions FCFA. Ce montant ne figure pas également les agios et frais bancaires de 18.659.582 FCFA, survenus avant et après le rapport financier. Parmi les dépenses non enregistrées, l’auditeur relève les frais de rafraichissement du match Togo-Niger de 118.600 FCFA, les demandes de messes pour 300.000 FCFA, les primes de campement des Eperviers pour 15.500.000 FCFA, et les agios et frais bancaires au 06 mars 2013 de 17.966.214 FCFA pour la BTCI et de 693.368 FCFA pour Ecobank.

Elom ATTISSOGBE