Pitié Monsieur le ministre !

Domaine stratégique d’intervention de l’Etat sur le plan social, la santé publique au Togo va de mal en pis. Avec un ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique qui est également le directeur de l’Ecole nationale des auxiliaires médicaux (ENAM) de Lomé depuis plus de 25 ans, le secteur tombe de Charybde en Scylla…

Plus rien ne va sur le plan de la gestion administrative de la santé publique au Togo. Si le fond n’est pas encore touché, on en n’est pas bien loin. En effet, les décisions et la gestion du Département de la Santé et de l’Hygiène Publique par le ministre Moustafa Mijiyawa ne reçoivent pas l’adhésion des acteurs du domaine. Au point de susciter depuis plusieurs mois, des tensions entre le ministre et son secrétaire général, le colonel Sossinou Awoussi. Selon les informations parvenues à notre rédaction et recoupées auprès de plusieurs sources, le climat de méfiance entre le ministre de la Santé et son secrétaire général a atteint un niveau inquiétant. La familiarité qui existait entre ses deux personnalités de l’Etat s’est transformée en suspicion, mise en doute, et mise en question. Lors de plusieurs réunions, les agents ont pu constater eux-mêmes cette atmosphère délétère entre le ministre Mijiyawa et le colonel Sossinou Awoussi qui n’approuverait pas la manière dont certains dossiers sont gérés.

Promotion de la promiscuité

Sous le ministre Mijiyawa, le cumul de fonctions passe pour la règle. Pendant que beaucoup de cadres (médecins, administrateurs hospitaliers, gestionnaires des services de santé, etc.) ne demandent qu’à faire montre de leur savoir-faire, et que d’autres sortent des écoles nantis d’un bon niveau et immédiatement disponibles à travailler, l’ancien médecin chef rhumatologie au CHU Sylvanus Olympio a choisi de faire simple : « bouter les empêcheurs de tourner en rond à la touche et faire entrer ses pions ». Ceux qui ont eu à redire sur les décisions du ministre Mijiyawa dans le secteur de la santé l’ont appris à leurs dépens.

C’est ainsi que le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique a fait nommer son beau-frère Dr Fiawoo, Directeur de l’hôpital de Kpalimé, Médecin-Chef de service de Pédiatrie de l’hôpital de Kpalimé, Directeur de l’Ecole des Sages-Femmes de Kpalimé, et Directeur de l’Ecole des Infirmiers de Kpalimé. Dr Amanga, lui autre, occupe le poste de Directeur du CHU Kara qu’il cumule avec celui de Directeur de l’ENAM Kara. Dr Agbetomegno, Médecin-Chef de service de médecine générale du CHR Dapaong, est également Directeur de l’ENAM Dapaong, par ailleurs Directeur de l’Ecole des Sages-Femmes de Dapaong. A l’analyse de ces nominations, il ressort plus des critères d’ordre familial, relationnel, amical, qu’un critère de compétence. Alors que selon les textes, les nominations sont faites sur proposition du Directeur général de la santé ou du secrétaire général de la santé.

L’ENAM : l’autre boîte de Pandore

Directeur de l’Ecole nationale des auxiliaires médicaux de Lomé depuis plus de 25 ans, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique est l’ordonnateur principal et le comptable en chef des recettes et dépenses de toutes les écoles de formation paramédicale.

En effet, toutes les écoles paramédicales sont des écoles nationales. A ce titre, elles bénéficient des crédits de l’Etat pour leur fonctionnement, dans le cadre de la prise en charge des dépenses essentielles comme l’eau, l’électricité, les fournitures et consommables et même une subvention pour payer les cours des enseignants. Parallèlement, on note chaque année, dans le cadre des concours d’entrée à l’ENAM et dans les autres écoles de formation paramédicale, le payement d’une somme de 5.000 FCFA par candidat.

En 2018, ils étaient autour de 30.000 candidats à se faire inscrire, juste à l’ENAM Lomé. Un vrai pactole dont on ignore encore la gestion. Qui fixe inégalement les salaires des surveillants et des enseignants qui corrigent ces épreuves de concours ? Qui définit l’écolage dans ces écoles de formation de santé ? A quoi servent les dizaines de millions de francs CFA payés par les apprenants hors concours (les confessions religieuses, les associations, les apprenants des pays étrangers) et les frais de location des salles de réunion ? Qui gère et comment sont gérés les fonds de ces écoles qui sont des institutions de l’Etat ? Des questions qui relèvent d’un mystère, mais sur lesquelles l’opinion se fait son idée.

Sur la période 2018-2019, le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique a organisé le concours de recrutement des moniteurs des écoles, le concours de formation en santé publique, et le concours de formation dans les écoles paramédicales de Dapaong, Kara, Sokodé, Atakpamé, Kpalimé, Tsévié et Lomé.

Alors que le nombre de personnes formées qui sortent de ces écoles nanties d’un diplôme va grandissant, on note très peu de places dans l’administration publique pour les recruter. Ils sont alors obligés d’explorer d’autres débouchés. Les sages-femmes des deux écoles de Lomé et de Kara ; les infirmiers des deux écoles de Lomé et de Kara, les infirmiers auxiliaires et les accoucheuses auxiliaires de Sokodé aussi bien que d’autres paramédicaux sont encore très nombreux à attendre. Paradoxalement, pendant ce temps, on continue d’ouvrir des écoles de formation paramédicale, sous la bienveillance du ministre Mijiyawa.

Le domaine de la santé publique est enrhumé au Togo. Et le bout du tunnel est encore loin. Le ministre Mijiyawa a l’impérieux devoir de rectifier le tir !

Elom ATTISSOGBE