OTR : L’informatique en otage

Alors que le chef de l’Etat place un grand espoir à une meilleure mobilisation des recettes douanières et fiscales par la fusion des deux régies, l’Office togolais des recettes (OTR), depuis sa mise en place, peine à concevoir un système informatique qui devrait permettre de centraliser et mieux suivre les opérations et les procédures, et réduire les cas de fraude. Malheureusement, le système informatique de l’OTR est pris en otage depuis plusieurs années par des « dieux » qui y font la loi, sacrifiant tout processus de passation de marché dans ce domaine sur l’autel des intérêts, du copinage, de la promiscuité, au péril de la bonne marche de l’institution.

Le système informatique est le cœur du travail à l’OTR. Raison pour laquelle l’Etat n’a pas lésiné sur les moyens pour mettre la cellule informatique dans de bonnes conditions de travail. Avec une direction de l’informatique dirigée par Ouro-Bodi Dissadama auquel est adjoint un ingénieur en informatique de renommée internationale, quatre sous-directeurs, avec un effectif estimé à une quarantaine d’employés pour cette seule direction, l’OTR n’a jamais été en mesure de concevoir un système informatique, en faisant confiance à ses compétences internes. « Pourquoi avoir toutes ces compétences bien payées et chercher un opérateur externe pour concevoir un système informatique contre des centaines de millions ? Sinon des milliards ? », s’interroge un ingénieur en informatique proche de l’institution qui n’a pas voulu que son nom soit cité. Le site web officiel de l’Office renseigne que le Directeur de l’Informatique de l’OTR est responsable de la planification, coordination, supervision, d’indentification et développement des solutions informatiques à l’Office ; également de la conception, l’installation et la maintenance de systèmes informatiques pour fournir des produits informatiques novateurs et services visant à faciliter le travail de toutes les directions de l’OTR.

Depuis Henry Gaperi, les magouilles autour du système informatique de l’OTR ont pris racine. A la suite d’un appel d’offres financé sur un projet financé par la Banque africaine de développement (BAD) pour mettre en place le système informatique de l’institution, les intérêts et l’appétit glouton d’un réseau ont fait balancer le processus. In fine, l’une des sociétés retenues dans le cercle restreint des opérateurs crie à la fraude et porte plainte. Une affaire qui a fait des bulles à l’époque, avec comme conséquence l’annulation du financement du marché par la BAD. Le processus fut donc annulé.

On en était là, lorsque, entre-temps, la machine a été relancée pour recruter un opérateur externe à même de mettre en place le système informatique de l’OTR. Toujours avec un financement de la BAD qui a été de nouveau sollicitée. Comme lors de la première tentative, ce nouveau processus a du plomb dans l’aile. Selon nos informations, deux opérateurs dont les capacités techniques sont appréciées, sont, au bout de la procédure, en bataille pour obtenir le marché. C’est bien là que le diable est encore entré dans la maison.

Selon nos sources, une offre porte sur un montant de 800 millions FCFA et l’autre, sur un montant de 2 milliards FCFA, pour les mêmes prestations. Logiquement, la première offre devrait passée. Mais c’est mal connaître ces individus véreux dans  l’administration de l’OTR qui se sont toujours opposés à la transparence dans cette procédure. La preuve, ces personnes sans foi ni loi font feu de tout bois et usent du trafic d’influence pour attribuer le marché à la société qui propose 2 milliards FCFA. L’offre la plus chère. « En réalité, c’est ce réseau d’employés haut placés de l’OTR qui a demandé à ce prestataire d’augmenter le montant de son offre jusqu’à concurrence de 2 milliards, à cause des rétro-commissions qu’il devrait leur verser une fois que le marché sera passé. C’est tout l’enjeu. Aujourd’hui, le processus a encore du plomb dans l’aile, parce que des gens d’une certaine honnêteté s’opposent à cela. Mais ce réseau ne décolère pas. Sauf qu’ils sont dos au mur », nous confie une source très proche du dossier. « Etant donné que ce sont eux qui ont demandé au prestataire d’augmenter le montant de son offre à 2 milliards FCFA, puisque ce n’était pas l’offre de départ du prestataire, si le marché ne lui est pas attribué, les langues vont se délier. Le prestataire risque de tout dire demain. C’est pour cela qu’ils passent par tous les moyens pour que le marché soit attribué à ce prestataire. Mais c’est mal connaître le commissaire général, Kodzo Adedze, dans toute la rigueur avec laquelle il traite les dossiers », poursuit notre source.

Comme on le constate, cette affaire promet des rebondissements dans les prochaines semaines. Annulera-t-on ce second appel d’offres ? Le marché sera-t-il attribué au prestataire à qui il a été demandé d’augmenter l’offre jusqu’à hauteur de 2 milliards FCFA ? Son concurrent qui a proposé 800 millions FCFA pour la même prestation se verra-t-il attribuer le marché ? Qu’en sera-t-il réellement ? Voilà des interrogations auxquelles des réponses sont attendues par des actes concrets, susceptibles d’ouvrir une nouvelle page judiciaire ou de renvoyer dos-à-dos les protagonistes.

Certaines directions héritées du décret N°2007-011/PR du 28 février 2007 dont la Direction de l’Informatique, ont été transférées au Commissariat des services généraux dirigée par un certain Philippe Tchodié. Logiquement, c’est donc de sa responsabilité que relève le système informatique de l’Office. Jusqu’où est-il impliqué dans ce dossier ? Qu’en sait-il ? Que fait-il réellement pour la mise en place d’un système informatique efficace à l’Office togolais des recettes ? Nous n’avons pas réussi à entrer en contact avec l’intéressé au moment où nous mettions sous presse. Nous reviendrons dans nos prochaines parutions sur ce dossier qui n’a pas fini de livrer ses secrets.

Elom ATTISSOGBE