Morgue fermée : Une décision impopulaire !

« Et une décision de plus avec lui ! Encore lui ! Toujours lui ! Que de mesures contestées ! », s’exclament certains. Décidément, le Pr. Mustafa Mijiyawa ne cessera de faire l’actualité, à contre-courant. Dernier fait illustratif des « coups d’éclat » du ministre de la Santé et de la Protection Sociale dont la côte de popularité en baisse a dépassé les records de tous ses prédécesseurs à ce poste, c’est le communiqué annonçant  la fermeture de la plus grande morgue du Togo, celle du Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio (CHU SO) pour une durée de trois mois, en raison des travaux de réhabilitation des lieux.

La mesure entre en vigueur à partir du 15 juillet prochain. Les familles éplorées sont invitées à procéder au retrait des corps de leurs défunts au plus tard le samedi 14 juillet. Véritable coup de tonnerre ! Désabusés, et désorientés par cette décision en amont de laquelle aucune pédagogie n’a été faite pour en expliquer les contours et rassurer les populations des dispositions qui ont été prises, les Togolais en viennent à se faire de nouveaux cheveux, en cette période de crise éprouvante, sinon lancinante, avec de graves incidences sur le panier de la ménagère. Et, manifestement, puisque les raisons qui motivent cette décision qui semble avoir été prise sur un coup de tête, paraissent désespérément résilientes, le ministre Mijiyawa glisse, subtilement, dans son communiqué, le nom du chef de l’Etat comme architecte d’une démarche sous la forme d’une balance à deux bras, comprenant l’assainissement de la gestion fondée sur l’approche contractuelle d’une part, et la réhabilitation et l’équipement des structures sanitaires d’autre part. Une manière pour le directeur général de l’Ecole nationale des auxiliaires médicaux (ENAM) de faire passer cette pilule, au goût très amer.

Fin adepte du silence qu’il cultive depuis de longs mois aux commandes de ce Département, Pr. Mustafa Mijiyawa, n’a qu’un seul trophée à son tableau de chasse : « la contractualisation ». La réforme, reconnaissent les acteurs de la santé, est noble et salutaire, d’autant qu’elle contribuera à une meilleure gestion des hôpitaux publics, à la rigueur, au bon accueil des patients et à leur traitement dans de bonnes conditions. Sauf qu’entre-temps, les médecins réclament de meilleures conditions de travail, le plus grand centre hospitalier du pays, le CHU SO, étant en manque chronique d’équipements et de matériels, pire, d’ambulance, et de scanner, en plein 21ème siècle. Et voilà que le ministre de la Santé se glorifie dans son communiqué « d’une redynamisation du secteur de la santé » dans le cadre duquel interviendront les travaux de réhabilitation de la morgue. Drôle, n’est-ce pas ? Pas du tout. Mais drôle, insiste-t-on dans l’opinion. Drôle de façon, Monsieur le Ministre, d’entamer une redynamisation du secteur de la santé par la réhabilitation d’une morgue, fut-elle la plus grande du pays, pendant que plusieurs centaines de patients gémissent encore sur leur lit d’hôpital, attendant juste de meilleurs soins, en tout cas, à la hauteur des prestations qu’ils payent. Drôle de façon, Monsieur le Ministre, d’entamer une redynamisation du secteur de la santé en se souciant plus du sort des morts que des vivants, ceux qui n’ont pas les moyens de se faire juste consulter dans une clinique privée et qui sont obligés de faire le pied de grue dans les hôpitaux publics, attendant que le prochain malade aille mieux pour prendre sa place. Et ici, Monsieur le Ministre, nous ne vous apprenons rien, puisque vous étiez le chef service Rhumatologie au CHU SO avant votre nomination au Gouvernement. Et c’est avec toutes les tracasseries du monde que votre ancien département dispose aujourd’hui d’une vingtaine de lits, seulement, pour ces centaines de patients qui ne demandent qu’à se faire soigner convenablement.

Drôle de façon, Monsieur le Ministre, d’entamer une redynamisation du secteur de la santé, en laissant la pédiatrie, P2 pour être plus précis, du plus grand centre de santé au Togo dans cet état, avec trois enfants sur un même lit d’hôpital, une quarantaine de gosses pour deux infirmiers, au moment où la pédiatrie P10 du même centre est sans personnel depuis le départ des stagiaires. Drôle de façon, Monsieur le Ministre, d’entamer une redynamisation du secteur de la santé, avec la maternité, la traumatologie, la radiographie, la chirurgie, et que sais-je encore, dans cette situation précambrienne. Drôle…drôle…drôle.

Alors que la plus grande morgue du Togo sera fermée, vous recommandez, Monsieur le Ministre, aux familles déplorées de se référer aux morgues disponibles, notamment celles du CHR Lomé-Commune, CHR Tsévié, CHR Atakpamé, CHP Aného et autres qui sont plus petites et déjà surabondées, pour d’éventuelles demandes de conservation de corps. Tout ceci, sans tenir compte du coût du transport, de la disponibilité des casiers, et des frais parallèles que ces désagréments pourraient occasionner. Sans autre mesure !

Pour le retrait des corps à la morgue du CHU SO de Lomé, il n’a été fait mention d’aucune mesure d’hygiène prise par vos services, en cette période de pluie où les épidémies ont la carapace dure, comme vous l’avez rappelé dans l’une de vos interventions, pour sensibiliser les populations sur les risques d’infection et de contagion. Toute famille peut procéder au retrait de son défunt et le transférer dans une autre morgue, en attendant la date des obsèques. Tout simplement ! Et les corps qui sont conservés depuis plusieurs années à la morgue du CHU SO de Lomé, dans l’attente d’une autopsie ? Vous le savez mieux que quiconque, Monsieur le Ministre. Qu’en sera-t-il d’eux ? Avez-vous pensé à ces cas ? Et les corps des défunts dont on ne retrouve pas les familles ?

Vous déchaînez toutes les passions avec cette décision, une fois de plus, impopulaire, Monsieur le Ministre. Au point où certains vous proposent de construire carrément une nouvelle morgue, plus grande, et plus moderne, pour le désengorgement, plutôt que de vous plaire à réhabiliter celle du CHU SO.

Pendant qu’il est encore temps, vous avez la latitude de revenir sur cette décision, pour ne pas fragiliser davantage le tissu social déjà mis à mal par la situation que nous traversons et qui ne vous épargne pas aussi. « Dans l’intérêt supérieur de la Nation »,…avant qu’il ne soit trop tard.

A bientôt Monsieur le Ministre.

La Nouvelle Tribune