Léopold Gnininvi : ma solution à la crise

Il est l’une des figures politiques de l’opposition les plus connus. Léopold Gnininvi, ancien leader de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) s’est retiré de la scène depuis plusieurs années. A la faveur de la crise politique au Togo, il rompt le silence et propose sa formule pour sortir de l’impasse.

Dans une interview accordée au quotidien privé Liberté dans sa parution du lundi 13 novembre 2017, l’ancien ministre des Mines et de l’Energie, évoque la crise politique actuelle, en insistant sur le caractère perpétuel de la situation. « (…) Le Togo est en crise depuis des décennies. La crise actuelle a pris une tournure qui a sans doute surpris les autorités. Au Togo, l’on a cherché à s’opposer à l’aspiration de l’ensemble des populations à la démocratie. Nous sommes désormais l’exception dans notre sous-région. (…) La crise actuelle, loin d’être un épiphénomène, traduit une exaspération profonde des Togolais. C’est une crise qui, parce qu’elle a été contrariée ou minimisée, se propage maintenant comme une métastase (…) », affirme Pr. Léopold Gnininvi.

Il relève que des querelles d’égo ont pris le pas sur des initiatives courageuses qui auraient dû aider à mettre en place un régime démocratique à la place du système monolithique, hérité du parti unique, parti Etat-RPT.

Sortir de la crise actuelle

Pour l’ex-leader de la CDPA, il faut faire preuve de volonté et mettre les égos sous le boisseau, afin de sortir de la crise politique au Togo. « Il faut absolument que chacun des acteurs s’attache à privilégier leurs intérêts du pays. Cela passe par l’acceptation de règles démocratiques désormais universelles, à commencer par l’alternance au pouvoir. L’alternance politique est surtout une affaire d’hygiène politique. Elle permet en effet d’ouvrir les fenêtres afin de laisser circuler de l’air frais dans la maison, un air renouvelé. Il s’agit d’accepter que prenne fin une mentalité de parti-Etat qui perdure, avec son cortège de privilèges souvent indus. Cela passe par la restauration des institutions dans leurs attributions premières. Cela fera entrer notre pays en REPUBLIQUE », conseille-t-il. « Il nous faut une véritable cour constitutionnelle dont les membres n’auront d’autre finalité que les attributions d’une cour constitutionnelle : est-ce conforme à la Constitution ? Il nous faut une CENI dont les membres n’auront d’autre finalité que les attributions d’une CENI : veiller à ce que le choix réel du citoyen soit connu. Il faut pour notre pays une armée nationale et républicaine, dont les membres n’auront d’autre finalité que les attributions d’une armée nationale : la protection des concitoyens. Sans ces fondamentaux qui rassurent les Togolais, je ne vois pas d’issue à la crise. Nos compatriotes pensent à tort ou à raison que leurs difficultés quotidiennes sont le résultat de la captation du pouvoir par une clientèle. Il faut leur apporter la preuve contraire. Il faut sortir le Togo de son état d’exception », ajoute-t-il.

Sur les appels au dialogue, Pr. Léopold Gnininvi déclare qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise chose en soi. « Je comprends et salue les initiatives des bonnes volontés (…). Ces appels au dialogue remettent sur le tapis les accords passés. (…) », indique l’homme.

In fine, l’ancien leader de la CDPA fait savoir qu’il y a quelqu’un à la tête du pays et qu’il lui revient la responsabilité d’envoyer à l’ensemble de la population togolaise, pas seulement aux casernes, des signaux forts quant à sa volonté de participer à la sortie de crise. « La constitution lui donne des responsabilités énormes dans le maintien de la paix sociale sur le territoire. Il lui revient sans tarder d’arrêter l’hémorragie et les douleurs. (…) Tout cela doit se faire dans un esprit citoyen et fraternel. (…) Cette crise était prévisible et se répètera sans cesse, en l’absence de traitement (…) », analyse-t-il.

Elom ATTISSOGBE