Le roi du « moto moto » est mort, vive le respect du code…?

Dans quelques mois, c’est-à-dire après le 1er décembre, que va-t-il se passer pour les personnes qui circuleront à moto sans permis au Togo ? Eh bien rien, nada, walo ! Comme d’habitude, les non-détenteurs du permis A seront peut-être inquiétés quelques temps, puis après on retombera dans le laxisme administratif dans lequel baigne l’Etat et dans le sens inverse, le boycott des règles civiques, de vivre-ensemble en société par les citoyens. In fine, la décision du ministre de la Sécurité et de la Protection civile est une piqure de rappel de la loi républicaine. La mort violente de DJ Arafat, l’idole générationnel de millions de jeunes africains va-t-elle déclencher chez toutes les parties une profonde réflexion ?

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, dans son rôle de fonctionnaire de l’Etat et sa mission de protéger le citoyen togolais, a réaffirmé publiquement qu’il comptait faire respecter la loi du 29 mars 1991. Celle qui exige le permis de conduire de catégorie A à tout utilisateur d’un engin à deux roues. Le Général Yark a donné jusqu’au 20 septembre aux motocyclistes pour se conformer à la loi en vigueur. L’annonce du ministre a été faite quelques jours avant l’accident tragique du célébrissime artiste ivoirien DJ Arafat le 12 août dans les rues d’Abidjan. Ce 12 août, combien d’accidents de la circulation aurait-on enregistré sur l’ensemble du territoire togolais, et combien de conducteurs de taxi-moto ont fini leur course dans les casiers de la morgue de Lomé ? Tellement la mort d’un motard ivoirien a éclipsé toutes sortes d’informations et a transformé un fait divers en une actualité planétaire. Acceptons-le. A partir de la sphère de l’internet et des réseaux sociaux. Même si l’immense star de la chanson n’est pas Togolais, la parallèle est vite tracée entre l’accident de DJ Arafat et la sortie médiatique du ministre de la Sécurité et de la Protection civile du Togo. Avant d’établir la suite de la parallèle, rendons nous aussi un hommage à celui qui est consacré depuis le 12 août, dernier pharaon de la galaxie des génies créatifs africains, même si ses millions de fans et anonymes se sont montrés, on ne peut plus, dithyrambiques dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les bars.

Le facteur x de l’accident qui a coûté la vie à DJ Arafat, c’est l’i-rres-pon-sa-bi-li-té ! A toute échelle. L’irresponsabilité à l’échelle de l’artiste, de sa famille, de ses amis, de ses fans et à l’échelle de l’Etat ivoirien. La mort de DJ Arafat tient de l’irresponsabilité de nos sociétés ivoirienne, togolaise, béninoise, sénégalaise, camerounaise, africaines. Le motard qui a heurté violemment une automobiliste dans la nuit du 11 août sur un boulevard animé d’Abidjan n’a respecté aucune consigne de sécurité lorsqu’il pilotait sa grosse cylindrée en pleine ville. En évidence, ni casque, ni gants, ni coudières, ni genouillères, ni blouson. Ces accessoires sont règlementaires en plus du permis de conduire, sans quoi le conducteur enfreint la loi et est passible d’une peine et d’une amende. Faute du permis et du casque, non seulement le motard met en danger sa vie, mais il met également en péril la vie d’autrui. Et ce fut le cas pour DJ Arafat qui aurait causé la mort de l’automobiliste qu’il a violemment heurté. Ce type de conducteurs inconscients et fous, ignorant totalement le code, fourmillent autant sur les routes  ivoiriennes que togolaises, et circulent en toute liberté et en toute impunité, au nez et à la barbe, sinon au sifflet et au képi du policier.

Ne nous voilons pas la face, la route tue. Et au Togo, l’analyse détaillée des accidents de la route, selon les statistiques officielles, montre que le comportement des usagers est le premier facteur responsable de la majorité des accidents de la route. Et ce qu’il faut savoir, le mot comportement désigne dans l’analyse établie, des actions décidées volontairement et librement (le non-respect des signaux, le choix de la vitesse, le moment choisi pour dépasser un véhicule ou pour traverser une route…). Sur les routes togolaises, qui n’a jamais été témoin ou victime d’un accident qu’il ait été grave ou léger ? Les facteurs de ces accidents, il ne faut pas un constat des assurances ou des forces de police pour se rendre à l’évidence d’un excès de vitesse, une imprudence de piéton, un défaut de maîtrise du conducteur, la conduite en état d’ivresse ou simplement le non-respect des règles élémentaires du code de la route. Le refus d’observer de simples règles de vie sur la route, à pied, à moto ou en voiture occasionne, soit des décès, soit des amputations des membres, soit des traumatismes à vie. En 2018, 286 personnes ont été tuées par accidents de la route en six mois. En 2019, ce sont 354 tués sur les routes qui ont été enregistrés sur le premier semestre. Ce sont là les chiffres officiels du ministère de la Sécurité. A-t-on vraiment comptabilisé les tués par accident de la route de tous les coins et recoins du Togo où il n’existe ni poste de police, ni centre de santé ? Je ne remets pas en cause le tableau des statistiques de la police et je ne souhaite pas nous entraîner dans une bataille des chiffres. Je me demande juste pourquoi et comment en intervalle d’une année, il y a eu une augmentation de 68 tués par accident de la route. Et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les jeunes de moins de 29 ans sont les plus tués dans les accidents de la route au Togo. Logiquement, il aurait fallu une réduction du nombre de personnes tuées sur les routes.

L’appel du Général ministre Yark aux motocyclistes et à tous les usagers de la route à se conformer aux textes du code de la sécurité routière avant le 20 septembre s’inscrit-il dans la volonté d’instituer la tolérance zéro sur les routes togolaises afin de réduire considérablement les dégâts humains et matériels ? Je ne trouve pas d’excuse à l’usager et au Togolais qui prétendrait le délai du 20 septembre trop court. Dura lex sed lex, « dure est la loi, mais c’est la loi » et il faut la respecter pour un vivre-ensemble possible et harmonieux. De ce fait, c’est l’applicabilité de la loi qui me laisse dubitatif sur la volonté politique et administrative du Général ministre, de tout son département, des forces de l’ordre et de sécurité, sans compter l’insoumission des « privilégiés de la République » pour qui, les lois au Togo sont une toile d’araignée qui n’attrape pas les frelons. Le 30 septembre 2015, un arrêté ministériel avait déjà été pris et devrait entrer en vigueur en novembre de la même année. L’arrêté avait fait long feu. Un coup de com suite à une série alarmante d’accidents.

Faut-il le rappeler, le Togo est classé 5ème pays dont les routes sont les plus accidentogènes en Afrique, derrière le Mozambique, avec 29,06% de taux de mortalité en 2015, loin devant le Bénin 12ème avec 26,24% et le Niger 21ème avec 23,6%. Certes, c’est une donnée d’il y a quatre ans, me dira-t-on, mais ceci ne reste pas moins un sérieux indicateur sur le niveau de civisme des Togolais et le degré de la protection des citoyens par l’Etat. Si DJ Arafat avait été Togolais, serait-il mort le 12 août, après l’appel du Général ministre ? La bonne question à ce jour serait de se demander si la mort du roi du « moto moto » déclenchera chez nos gouvernants un sérieux débat sur la responsabilité de l’Etat dans la protection du citoyen. L’aura de DJ Arafat permettra-t-elle la réflexion ?

Déhdéno P.