Le billet de Déhdéno Pana : J’attends beaucoup de ma municipalité…

Les municipales ont eu lieu. On commence à connaitre les maires des différentes collectivités territoriales de Lomé et on découvrira bientôt les visages des autres maires du reste du Togo. Avec la fin des délégations spéciales, à quoi doit-on s’attendre dans les communes et surtout dans les quartiers ?  Sinon, qu’est-ce qui va fondamentalement changer pour les populations administrées qui ont porté à la tête de leurs mairies un conseil municipal ? Ce sont des questions que j’entends fréquemment dans les échanges entre citoyens de quartier. La mésaventure d’un proche ami me pousse à la réflexion. Je vous raconte d’abord son histoire. Je le nomme Koffi. Il est en master de droit pour devenir juriste. Koffi, un matin se rend dans une administration publique dans la cité administrative du CASEF pour solliciter un service. Il « confie » la garde de sa moto à un monsieur de la cinquantaine qui a monté sa bonne affaire de parking de véhicules à deux roues et soulage les usagers de passage, moyennant la somme de 50 francs par engin gardé. Une heure après son rendez-vous, Koffi ressort chercher sa moto pour repartir. Sauf que le gardien, dans une désinvolture totale lui fait savoir qu’il ne retrouve pas la moto de Koffi. Le gardien d’engins et son client Koffi ont fini dans une altercation sans issue et au bout de laquelle l’indélicat gardien a osé conclure sur ces mots : « de toute façon tu peux aller où tu veux, tu peux même allez voir le procureur de la République, il ne me fera rien, heinwou ! ». Sauf que l’intrépide « auto-entrepreneur » d’un jour n’a pas vu venir l’étudiant. Koffi, plus malin que le gardien, a eu le réflexe d’enregistrer sur son téléphone leurs échanges qu’il a réussi à faire parvenir à un de ses anciens professeurs magistrat. Je vous laisse imaginer la suite et le sort qui a été réservé, dans le respect de la loi, au gardien complice d’un réseau de voleurs de motos.

Pour rappel, la commune est une collectivité territoriale consistant en un territoire administré par une municipalité formée par un conseil municipal au sein duquel siègent les conseillers municipaux élus, le maire choisi parmi les conseillers municipaux et bien-sûr les adjoints au maire. Plus clairement, le maire élu démocratiquement a pour mission principale de satisfaire les besoins quotidiens de la population, dans ses multiples attributions que sont : état civil, urbanisme et logement, écoles et équipements, activités culturelles, santé et aide sociale, police, etc. Je sais, ça fait beaucoup d’un seul coup pour nos néo-conseillers  municipaux fraîchement élus, me diriez-vous. Néanmoins ne vous inquiétez pas, s’ils ne le sont pas encore, les conseillers municipaux devront être outillés pour la mission. En gros, le maire est un agent de l’administration publique, (le mot PUBLIQUE mis pour « intérêt public » du nom latin publicum pour désigner ce qui appartient au peuple dans son entier), donc un agent au service du peuple. Il est chargé de préparer et d’exécuter les décisions du conseil municipal. Si vous voulez, Fabre Jean-Pierre, maire de la commune Golfe 4 comme Kossi Aboka, maire de la commune Golfe 5  sont des administrateurs de commune chargés de proposer le budget de la commune, de planifier les dépenses, de passer les contrats et marchés publics et de les exécuter, de représenter leur commune en justice et dans les cérémonies officielles, entre autres missions. Où vont-ils trouver l’argent pour assurer la gestion quotidienne de leur commune ? Il faut savoir qu’il existe un budget communal. Le fonctionnement de ce budget prévoit et autorise Jean-Pierre Fabre, Kossi Aboka et tous les autres maires du Togo, à des recettes et à des dépenses en fonction des orientations politiques de leur municipalité. Concrètement, ils peuvent créer des entrées d’argent (des taxes municipales et des amendes civiques par exemple). Vu sous cet angle, je me dis que si nos communes fonctionnent dans le bon sens pour le bien des populations, il devrait avoir moins de larrons déguisés en bons samaritains à tous les coins de rue de quartier qui proposent des services sans foi ni loi. Dans chaque famille, il y a un Koffi qui est contraint de faire confiance à ce type de personne indélicate, parce qu’il n’a pas le choix. Aujourd’hui, avec la réorganisation des communes et avec l’élection de conseillers municipaux, on devrait s’attendre à terme, à l’ouverture de grands chantiers en réponse aux orientations politiques des municipalités. Par exemple, une immatriculation de tous les artisans, commerçants et entrepreneurs de tout type d’activités dans l’espace public qui déclareraient en amont et paieraient en aval des redevances et taxes municipales. Si le gardien de la moto de Koffi exerçait son activité dans un cadre légal où il était enregistré comme tel avec une traçabilité de son business à la mairie, n’aurait-il pas réfléchi par sept fois avant de truander son client ?

Les populations, au lieu d’espérer l’arrivée dans leurs mairies des Robin des Bois, des Supermans et autres pères noël, elles devraient s’attendre à retrousser les manches et à serrer la ceinture puisqu’il ne leur sera fait aucun cadeau. Par contre, ce qu’il est intéressant de savoir, c’est que sur le plan local, le pouvoir le plus important des citoyens est celui de voter aux élections municipales pour choisir les femmes et les hommes qui vont diriger la commune. Les habitants des communes ont maintenant le devoir de réclamer des comptes au maire sur la gestion qu’il fait de leur commune.

Si on avait pu entendre le président de la délégation spéciale de la ville de Lomé dire haut, sur une antenne de radio, et à raison, qu’il n’a de compte à rendre à personne sauf à celui qui l’a nommé, aujourd’hui j’ai beaucoup d’attentes d’un conseil municipal.

J’attends de ma municipalité la communication de l’orientation politique aux habitants, j’attends une invitation du maire à écouter son mot de présentation de ses grands projets de développement de ma commune, j’attends la présentation aux populations par le maire du plan local d’urbanisation, j’attends de voir les rues de mon quartier bordées de panneaux de signalisation, de bancs publics, j’attends de voir un parc de jeux pour enfants, j’attends de voir une meilleure gestion d’enlèvement des déchets ménagers, j’attends de voir des toilettes publiques, j’attends de voir une police municipale, j’attends de voir des médiateurs de quartier, j’attends de payer des taxes qui contribueront à la mise en place de ces chantiers.

A date, j’attends de voir des mesures fortes et impopulaires de la part des élus locaux qui impulseront une dynamique de politique locale, de vivre-ensemble des citoyens dans les communes. J’attends impatiemment !