Eclairage Public : Ce qu’il faut savoir

Le sujet fait polémique depuis la décision du gouvernement, début mars, d’augmenter la redevance Eclairage Public sur les factures d’électricité. Alors que des voix continuent de s’élever dans l’opinion pour contester cet ajustement, « La Nouvelle Tribune » est allée aux nouvelles. Dossier.

« La Direction Générale de la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET) informe son aimable clientèle que suite à l’arrêté interministériel N°009/MME/MEF/MCIDSPPCL/MATDCL du 1er mars 2019, la redevance pour participation aux charges d’éclairage public est portée à 5 FCFA par kWh pour les abonnés Basse Tension et de 6 FCFA par kWh pour les abonnés à la Moyenne Tension. Cette augmentation prend effet à compter de la facturation du mois de février 2019. Malheureusement, la CEET n’a pas pu ajuster l’application de cet arrêté à la facturation, du mois de février 2019 dont le processus avait déjà été lancé et à celle de mars 2019 en raison des travaux de reprogrammation du système d’information. Pour cette raison, en vue de rattraper la prise en compte des redevances de février et mars 2019, la CEET porte à la connaissance de la clientèle que lesdites redevances seront positionnées en impayés sur les factures du mois de mai 2019 pour la basse tension et du mois de juin 2019 pour la moyenne tension. A cet effet, un délai de 90 jours calendaires dès réception de la facture est accordé pour le règlement desdits impayés. (…) ». C’est l’essentiel d’un communiqué de la CEET en date du 29 mai, et qui semble plutôt être à l’origine d’une série de réactions.

Depuis, que de tirs à boulets rouges sur la CEET, même de beaucoup qui semblent ne comprendre grand-chose au sujet. Alors que ce géant de l’électricité, dans ses attributions, n’a pas pour rôle de gérer la redevance Eclairage Public. La mission générale de la CEET, selon les textes créant l’institution, est d’assurer le service public de distribution et de vente de l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire national, dans le respect des normes en vigueur dans la production, le transport et la distribution d’électricité. « La CEET ne se charge que de collecter la redevance Eclairage Public à travers la facturation et de mettre ce fonds à la disposition du Comité de gestion pour la redevance de l’éclairage public (CGREP) qui se charge de sa gestion. C’est ce comité mis en place par les pouvoirs publics qui collecte les données relatives à la consommation d’énergie électrique engendrée par l’éclairage public dans les collectivités territoriales, les données relatives aux besoins en construction, extension, renforcement, réhabilitation, des infrastructures d’éclairage public. Et depuis 2011, le gouvernement a institué la redevance de 1 FCFA pour chaque consommateur et 2 FCFA pour les industriels. Ces redevances sont destinées à accompagner les collectivités territoriales dans le payement des factures de l’éclairage public, faire des extensions dans les quartiers et villes du pays, et assurer la maintenance des ouvrages d’éclairage public », explique une source proche de la CEET qui n’a pas voulu que son nom soit cité.

« L’ajustement qui a été fait par le gouvernement le 1er mars dernier, permettra au Comité de Gestion de la Redevance de l’Eclairage Public (CGREP) d’apurer les factures impayées des Collectivités Locales, être en mesure d’assurer l’approvisionnement en matériels et outillages de maintenance, faire quelques extensions et financer la maintenance de l’éclairage public solaire.», poursuit notre source.

La tournée du CGREP

En février dernier, « La Nouvelle Tribune » a suivi de bout en bout la tournée nationale du Comité de gestion pour la redevance de l’éclairage public (CGREP), et a retracé dans ses colonnes le contenu des échanges entre le comité et les représentants des collectivités locales, de Lomé à Dapaong. « Comment arriver à assurer et à entretenir l’éclairage public dans toutes les zones du Togo ? » C’est la question qui avait fait l’objet de cette tournée d’une semaine. Objectif : « recueillir les difficultés et préoccupations et d’avoir les avis des  autorités locales, afin que l’éclairage public soit une réalité dans tous les coins du pays. Il était également question pour le CGREP d’exposer les difficultés financières qu’elle rencontre dans la gestion de l’éclairage public », a expliqué Abbas Abdoulaye, responsable du CGREP.

Pendant cette tournée, il a été communiqué par les responsables du CGREP aux collectivités territoriales que le niveau de cumul d’arriérés des factures devient alarmant. Selon le CGREP, le rythme de l’évolution des impayés s’accroît de manière drastique. Un chiffre qui, si rien n’est fait, atteindra 11.234.162.000 FCFA en 2023, et 50.503.673.309 FCFA en 2028.

Dans toutes les régions administratives du pays, il a été constaté que les représentants des collectivités locales ont recommandé, au regard des difficultés exprimées par le CGREP, de procéder à l’augmentation du montant de la redevance de l’éclairage public, rationaliser le temps de l’éclairage public afin de réduire la consommation, aller vers l’utilisation des ampoules économiques pour l’éclairage public, prendre des mesures rigoureuses pour dissuader les voleurs qui viennent piquer des matériels sur les poteaux électriques, activer les comités locaux de gestion des redevances, et à l’Etat, de faire plus d’efforts pour les extensions.

Au lendemain de cette tournée, le gouvernement a pris un arrêté interministériel pour ajuster la redevance pour participation aux charges d’éclairage public.

Les actions de la CEET

La CEET, sous l’impulsion de son Directeur Général, Paul Mawusi Kakatsi, a redoublé d’efforts depuis quelques années, en intensifiant les actions pour améliorer la gestion de la maintenance de l’éclairage public.

Selon des informations communiquées par la CEET, à ce jour, la maintenance des Infrastructures de l’Eclairage Public (EP) a été quasiment à la charge de la CEET qui fournissait les matériels de rechanges (horloges, disjoncteurs, contacteurs, ampoules et accessoires…), étant donné l’insuffisance du montant des redevances collectées pour régler toutes les consommations.

Au titre de l’année 2018, nous apprenons que la CEET a investi sur fonds propres, près de deux cent cinquante millions (250 000 000) de francs CFA pour la maintenance des infrastructures de l’Eclairage Public (EP) non déductibles des fonds gérés par le Comité de Gestion de la Redevance de l’Eclairage Public. « Le coût de la maintenance des 13 000 lampadaires solaires déjà installés est approximativement de cinq cent millions (500 000 000) de francs CFA par an.», indique la CEET. « Malgré les efforts des deux côtés (CEET et CGREP) la maintenance des infrastructures de l’Eclairage Public solaire est actuellement en souffrance à cause du manque de fonds. Il est à noter que lors des évènements importants où l’image de notre capitale doit être mise en valeur, la CEET n’hésite pas à prendre en charge tous les travaux nécessaires. C’est ainsi qu’en Juillet 2018, lors de la conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernement de la CEDEAO, CEEAC et UEMOA, l’axe Togo 2000 jusqu’à la Colombe de la Paix a été entièrement équipé d’ampoules à basse consommation », ajoute l’institution.

A fin 2018, le nombre de points lumineux sur le territoire national s’élève à 34.930.

Régions Nombre Points lumineux E.P. (classique) Nombre Points lumineux E.P. (solaire) TOTAL
Lomé et Région Sud 12 971 6 294 19 265
Région Nord 9 116 6 549 15 665
TOTAL 22 087 12 843 34 930

 

  2009 à 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
kWh 3 919 119 7 481 039 9 281 457 12 095 544 14 873 430 15 564 672 20 315 119
FCFA 9.7503.234 1.331.624.967 1.552.104.599 2.153.00.861 2.547.472.071 2.948.511.640 3.516.289.252

 Evolution des consommations Eclairage Public de 2009 à 2017

« Afin d’être plus performante, la CEET vient de renforcer sa structure en charge de la maintenance de l’Eclairage Public (EP) ; des unités de maintenance sont mises en place dans chaque région. A ce titre, six véhicules utilitaires neufs, destinés aux patrouilles des réseaux d’Eclairage Public sur toute l’étendue du territoire, ont été commandés et en cours de livraison. L’ajustement de la redevance viendra renforcer les actions en cours et permettra une extension progressive et assortie d’une maintenance appropriée de l’ensemble du réseau Eclairage Public. Nous invitons toute la population à signaler systématiquement les anomalies constatées sur les réseaux de l’Eclairage Public (EP) sur toute l’étendue du territoire en appelant simplement le numéro vert 8228 », fait savoir l’institution.

Pour le compte de l’année 2019, il est prévu, à l’analyse de nos recoupements, un déploiement de 10.000 nouveaux lampadaires solaires. L’éclairage public a entre autres pour avantages de lutter contre l’insécurité et améliorer la visibilité sur les voies publiques en vue de limiter les accidents.

Elom ATTISSOGBE