Contractualisation des hôpitaux : Faux rapports, chiffres maquillés…

En confiant, en juin 2017, la gestion de la contractualisation des hôpitaux publics au au Pr. Moustafa Mijiyawa, le chef de l’Etat avait en tête d’améliorer la prise en charge et les services de santé destinés aux patients. Quelques années après, les résultats peinent à suivre. Mais le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique préfère endormir l’opinion avec des informations et chiffres taillés sur mesure.

 « Je n’ai de compte à rendre, rien qu’à mes patrons », répond sèchement, début janvier 2020, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique à la question d’un journaliste qui faisait des observations sur les initiatives de communication qui sont rares au niveau de son département sur le sujet de la contractualisation des hôpitaux publics.

Lors de cet entretien avec quelques médias de la place triés sur le volet, Pr. Moustafa Mijiyawa avait de la peine à cacher son agenda. Evitant d’entrée le sujet phare, c’est-à-dire, la contractualisation, il finira par en parler, et en sortir quelques résultats  qualifiés « d’élogieux », malgré la série d’enquêtes, les documents, les rapports authentiques et les révélations faites la presse depuis un certain temps.

CHR Dapaong : la vérité sur les chiffres

« Au mois de novembre, le chiffre d’affaires de la pharmacie au CHR de Dapaong faisait 48 millions FCFA, soit plus d’un million par jour dans un hôpital où on était à moins de 200.000 FCFA par jour », indique le ministre Mijiyawa. Pourtant, les rapports que nous avons pu consulter et que nous publions en fac-similé indiquent le contraire.

Avant l’extension de la contractualisation au CHR Dapaong en juin 2018, la pharmacie a fait des recettes totales de 24.694.180 FCFA pour le seul mois de mai 2018, soit une moyenne de d’environ un million FCFA par jour, sauf les week-ends et jours fériés. Il faut relever qu’à cette période, les activités tournaient au ralenti, du fait des troubles sociopolitiques débutées en août 2017.

Centre de santé en 1949, transformé en 1960 en hôpital de district et érigé en CHR le 15 janvier 1970, le CHR-Dapaong est un établissement public à caractère administratif doté d’une personnalité morale et d’une autonomie financière qui mène des activités de soins curatif, préventif, de formation et de recherches en science de la santé. Situé à 40 Km de  la frontière nord avec le Burkina Faso et à 211 Km du CHU Kara au sud, il dessert 07 districts de la Région des Savanes pour lesquels il constitue un centre de référence.

Dans le bilan des activités de ce centre hospitalier, nous avons constaté par exemple que le taux de guérison globale passe de 81,25% en 2016 (avant la contractualisation) à 78.02% en 2018 (début de la contractualisation). Le taux de mortalité hospitalière est passé de 4,2% en 2016 à 4,9% en 2018. Le nombre de décès maternel qui était de 8 en 2016, est chiffré à 14 en 2018, au moment où le taux de mortalité maternelle augmente de 2,45% en 2016 à 4,24% en 2018.

Au niveau du laboratoire, les statistiques indiquent 98.868 analyses en 2016 contre 85.423 en 2018. L’échographie passe de 2172 cas en 2016 contre 1817 en 2018. Le taux de disponibilité des médicaments essentiels génériques estimé à 80,57% en 2016, chute à 62,11% en 2018.

CHU Sylvanus Olympio : un faux rapport

Appelée à la rescousse au CHU Sylvanus Olympio dans le cadre de la contractualisation pour remplacer CREDES démissionnaire, l’association OIGH manifeste depuis trois mois des signes de fébrilité dans le processus. Une situation qui inquiète le secteur de la santé.

Selon nos informations, à une réunion tenue fin décembre 2019, le rapport soumis par le contractant OIGH ne traduit pas la vérité et présente des chiffres maquillés.

A la maternité par exemple, les césariennes sont subventionnées par le gouvernement depuis plusieurs années. Sauf que le contractant OIGH aurait facturé dans son rapport, le bon de caisse à chaque césarienne à 30.000 FCFA, au lieu de 10.000 FCFA, tarif officiel en vigueur.

Au chapitre de l’hémodialyse, le nombre des dialysés n’a pas augmenté selon nos sources. Là aussi, il y a une subvention de l’Etat. Ces personnes sont des indigents et payent 3.500 FCFA par semaine pour l’hémodialyse. Curieusement, le contractant OIGH aurait facturé le bon de caisse de dialyse dans son rapport à 35.000 FCFA, au lieu de 3.500 FCFA.

« Jusque-là, le laboratoire du CHU Sylvanus Olympio avait des soucis mais aujourd’hui, vous allez vous rendre compte que les examens sont en nombre suffisant, en variétés suffisantes. Le laboratoire du CHU Sylvanus Olympio fait un peu plus d’examens en variétés que l’Institut National d’Hygiène (INH). Ce mois de janvier, on aura franchi les 3 mois de contractualisation généralisée au CHU Sylvanus Olympio. Les premiers chiffres sont extraordinaires », déclare le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique. La réalité pourtant, est autre, selon nos enquêtes sur le terrain. En effet, à la faveur du projet leasing au CHU Sylvanus Olympio, nous avons appris qu’il y a eu de nouvelles machines commandées pour équiper le laboratoire. Pendant ce temps, c’était l’Institut national d’hygiène (INH) qui donnait les résultats de toutes les analyses faites au CHU Sylvanus Olympio, conformément à ses tarifs. L’idée, apprenons-nous, était d’éviter les infirmiers véreux qui grugent les patients. A l’analyse de nos recoupements, 90% des recettes du laboratoire présentées dans le rapport de l’OIGH que vante le ministre Mijiyawa seraient plutôt à l’actif de l’INH sur la période.

Ce rapport qui trahit la réalité, apprenons-nous, fait partie des documents sur lesquels se base le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique pour tenter d’aguicher la Banque Mondiale afin de demander l’extension de la contractualisation à tous les hôpitaux publics du pays.

Un mémo relevant les anomalies contenues dans ce rapport aurait été envoyé au ministre Mijiyawa par les autorités sanitaires du CHU Sylvanus Olympio.

Au titre des dettes, il est à noter que dans tous les hôpitaux sous contractualisation, seules les dépenses courantes de fonctionnement (salaires, primes et consommables) sont faites, selon nos informations. Toutes les autres factures seraient en attente de paiement, ce qui ferait augmenter les dettes. Le montant des dettes cumulées au 30 décembre 2019 serait nettement supérieur au montant des dettes cumulées au 30 mai 2018, c’est-à-dire avant l’extension de la contractualisation à cinq centres de santé du pays.

Elom ATTISSOGBE