Col. Gnama Latta : L’interview exclusive

A l’issue des travaux du 30ème sommet des chefs d’Etat de l’Union Africaine à Addis-Abéba,  le président de la République Togolaise, Faure Gnassingbé, est élu et consacré par ses pairs Champion du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique. Projet phare de l’Agenda 2063, le lancement du Marché Unique est un évènement historique qui s’inscrit dans la facilitation du transport aérien sur le continent. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, le Directeur Général de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile du Togo (ANAC-TOGO), le Colonel Gnama Latta présente les opportunités qu’offre le Marché Unique du Transport Aérien en Afrique, ses avantages, ses grandes lignes et s’est félicité de l’élection du chef de l’Etat togolais pour porter cette grande et belle initiative pour l’Afrique. Il est également revenu sur l’actualité à l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema de Lomé.

Le chef de l’Etat togolais est élu et consacré Champion du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique à l’issue du 30ème sommet de l’Union Africaine. Quelle est votre réaction ?

Je ne peux être que très heureux, très fier, d’appartenir à un Etat où le Chef est distingué à ce point. Tout Togolais doit être fier de cette nouvelle.

Pourquoi Faure Gnassingbé ?

En toute chose, il y a ce qu’on appelle le charisme et le leadership. Ce n’est pas par hasard qu’on s’accorde à élire quelqu’un comme leader. Pour avoir des résultats dans ce marché unique aérien africain, ce qui n’est pas facile, il faut quelqu’un de charismatique, quelqu’un qui a le sens de l’écoute, quelqu’un qui peut être considéré dans sa vision par ses pairs. Et le Président de la République l’a démontré à plusieurs reprises à la tête de l’UEMOA, de la Cellule de Riposte contre la fièvre à virus Ebola et actuellement à la présidence de la CEDEAO.

Nous voulons du concret en aviation, quelqu’un qui peut amener un plus. Le profil et les actions du chef de l’Etat togolais répondent parfaitement à cela.

Qu’est-ce que le Marché Unique du Transport Aérien en Afrique ?

Il faut d’abord comprendre l’historique du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique. Il y a eu la décision de Yamoussokro en 1999. C’est en 2000 lors du sommet de l’OUA à l’époque à Lomé que ça a été adopté. Et on avait deux ans pour implémenter cette décision. Mais à ce jour, il y a des Etats qui traînent et qui ne veulent pas libéraliser leur espace aérien conformément à cette décision.

La décision de Yamoussokro stipule que tout pays qui a une compagnie puisse aller librement dans d’autres pays et transporter des passagers pour une destination donnée. Cependant, il y a des pays qui ne veulent pas que d’autres viennent chez eux pour transporter des passagers, parce qu’ils veulent protéger les compagnies. C’est une grosse erreur. Les compagnies des Etats qui viennent chez vous, payent des redevances et taxes qui vous permettent de vous développer. Vous voyez notre aérogare ? C’est parce que nous avons choisi d’appliquer la décision de Yamoussokro, avec une grande volonté des plus hautes autorités togolaises.

Le Marché Unique du Transport Aérien en Afrique part du constat de l’Union Africaine. Un constat relatif au fait que les gens traînent en ce qui concerne la libéralisation de l’espace aérien, donc la décision de Yamoussokro. Le Marché Unique du Transport Aérien en Afrique, c’est une réponse au souci de développement des Etats. Ils réaliseront des bénéfices. Ce marché fera accroître le PIB de 1,3 milliard de dollars pour toute l’Afrique. Ça va générer 300.000 emplois. Ça va réaliser des économies d’environ 500 millions de dollars en termes de transport des passagers. Ce sont des statistiques données par l’Union Africaine. Pour les compagnies aériennes, ça va améliorer leur instabilité de l’ordre de 75%, le confort des passagers, la connectivité, et créer des opportunités d’affaires en ouvrant d’autres liaisons commerciales. Ce sont, là, quelques avantages du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique. C’est une invite aux Etats africains à se mettre ensemble pour être plus forts et ouvrir ainsi des libertés pour les compagnies, notamment la 5ème Liberté.

Il y a aujourd’hui 23 pays africains qui ont adhéré au Marché Unique du Transport Aérien en Afrique. Et ces pays, à eux seuls représentent 80% du trafic en volumes et en chiffres d’affaires. Dans ces pays membres figure naturellement le Togo. Quatre Etats ont manifesté leur volonté d’adhérer à ce marché. Le Maroc, la Mauritanie, le Djibouti, et la République Centrafricaine. On passera alors à 27 Etats africains. L’un des rôles du chef de l’Etat togolais sera d’amener les autres pays du continent à devenir membres du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique. C’est une grande opportunité. Avec cette initiative, vous verrez que voyager en Afrique sera facile. Les compagnies seront fortes, elles pourront coopérer, faire des alliances, etc.

Quelle est la durée de la mission confiée au chef de l’Etat Faure Gnassingbé par ses pairs de l’Union Africaine ?

Il s’agit d’une Vision 2063. Mais on table dans un premier temps sur 2030. Il y a une réunion à mi-parcours en juillet et une autre réunion pour faire le compte-rendu de ce qui a été fait en ce qui concerne le Marché Unique du Transport Aérien en Afrique.

Parlons de l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema de Lomé. Comment se porte le trafic des passagers ?

Le trafic est formidable ! On est en croissance exponentielle des passagers à l’aéroport international de Lomé. Avec les ouvertures des lignes vers l’Europe et d’autres destinations, le trafic est dense. On couvre le monde entier au départ de Lomé. Aujourd’hui, nous avons quatre vols hebdomadaires vers les Etats-Unis depuis notre aéroport.

Quand j’étais arrivé en 2002, on parlait de 200.000 passagers. Aujourd’hui, on est à plus d’un million de passagers.

La sécurité et la sûreté sont universelles. Et je ne badine pas avec ces mesures. On a été audité du 18 au 24 mars 2016 sur les mesures de sécurité et de sûreté. Le Togo est sorti premier en Afrique avec un taux de 85,77%. Nous devons maintenir le cap.

Quelles sont les nouvelles compagnies qui prospectent le marché togolais ?

Elles sont nombreuses. Egypt Air, Kenya Airways, Emirates, et bien d’autres. Tout cela parce que nous avons un aéroport avec des équipements de pointe en matière de sûreté et de sécurité.

Il est signalé des méthodes non orthodoxes relatives à la sécurité des bagages des passagers à l’aéroport de Lomé. Que se passe-t-il réellement ?

Vous savez, nous sommes agréés TSC, c’est-à-dire aux normes de sécurité et de sûreté américaines. Nous avons installé un appareil qu’on appelle le tomographe. Cet appareil n’est pas dans tous les aéroports. C’est un appareil de dernière génération. Quand vous voulez voyager et que vous avez un objet dans vos bagages qui ne devrait pas être autorisé à bord, l’appareil bascule le colis. Il interrompt la course du bagage vers l’embarquement.

Avant, nous prenions les bagages si nous remarquons une anomalie et nous saisissons la compagnie pour qu’on nous trouve le propriétaire. On ouvre ensuite les bagages en présence du propriétaire et on procède à l’application du règlement. Les compagnies se plaignent de cette méthode, à cause du retard des vols et d’autres désagréments pour elles.

Actuellement, avec cet appareil, le personnel de l’Autorité de Sûreté de l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema (ASAIGE) se saisit des bagages quand ils sont déroutés dans leur course vers l’embarquement. Il les ouvre en présence du propriétaire des bagages, devant une caméra qui filme et enregistre tout. J’ai fait mieux. La caméra, c’est pour une transparence totale. Nous avons des clés passe-partout pour ouvrir les bagages. Et ils procèdent à une fouille pour voir ce qui ne va pas avec ces bagages. Ensuite, on referme le colis et on met des inscriptions contenant les noms du personnel de l’ASAIGE qui l’a ouvert ainsi que leurs contacts et les objets non conformes à la sûreté et la sécurité aérienne qui y ont été retrouvés. Ils remettent les bagages à la compagnie et leur passent les dernières consignes. C’est ce qu’il s’est passé récemment. Il semble que dans cette valise, se retrouvaient des produits non conformes qui ne pouvaient être autorisés à bord de l’avion. La compagnie en question est témoin de tout. Il s’agit d’Air France. Ce n’est même pas un problème. Le cas au départ de Lomé, c’est avec Air France.

Le second cas concerne un colis qui est arrivé des Etats-Unis qui a subi le même processus, puisqu’ils ont les mêmes équipements que nous. Ce colis appartient à un Nigérian. Le personnel de TSC l’a ouvert et l’a marqué « IT’S A CHECK FOR TSC SECURITY » et ils ont mis les noms de ceux qui ont fouillé depuis les Etats-Unis. Le Nigérian arrive à Lomé et accuse l’ASAIGE d’avoir ouvert ses bagages et d’avoir volé des objets. Est-ce que nous avons le personnel TSC au Togo ? C’est dommage.

Un mot en guise de conclusion ?

Je souhaite à tout le monde mes meilleurs vœux de Nouvel An. La santé surtout. C’est primordial. Que les projets soient fructueux et que les gens aient la crainte de Dieu. Je fais tout en me référant à Dieu.

Je demande que les gens respectent les mesures de sécurité en vigueur à l’aéroport de Lomé. C’est d’abord pour leur sécurité, la sécurité des passagers. Nous sommes rigoureux en ce qui concerne la sûreté et la sécurité aériennes. Et les résultats sont là. Personne n’a peur en prenant un avion au départ de Lomé, parce que la destination est sûre.

Enfin, que l’année 2018 nous inspire tous dans la promotion de la paix pour le Togo.

Interview réalisée par Elom ATTISSOGBE