Clément Ahialey : l’interview vérité (Exclusif)

Elu président de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET) le 24 février dernier, Clément Ahialey rompt le silence. La clé de sa victoire à la présidence de l’AGET, sa feuille de route, ses ambitions, ses premières décisions… « La Nouvelle Tribune » s’est entretenue avec l’un des plus discrets hommes d’affaires togolais.

Clément Ahialey, nouveau Président de l’AGET au terme d’une élection très serrée. Qu’est ce qui a fait la différence avec votre adversaire ?

L’AGET a été créée en 2007. J’ai été l’un des membres fondateurs et depuis ce moment, j’ai toujours été très proche de la gestion de notre association. Je crois qu’avant de parler de différences entre candidats, il convient de parler un peu de la véritable nature de l’AGET.

L’AGET a commencé par être un petit club d’hommes d’affaires, qui est devenu aujourd’hui l’une des organisations les plus lourdes en poids économique et l’un des représentants les plus importants du secteur privé. Notre association est particulièrement riche en talents et je connais un grand nombre de Directeurs Généraux qui ont toutes les qualités pour prendre la responsabilité de la Présidence. Mais il se trouve que seules deux personnes ont décidé de briguer cette position, Thierry Feraud, Directeur Général de la Brasserie du Bénin et moi-même Directeur Général de plusieurs sociétés dont Amexfield Togo Steel (ATS), TOGORAIL et Diamond Cement.

Thierry Feraud, brillant DG, représentant d’un grand groupe bien implanté en Afrique, donne l’image d’un management moderne et technocratique, et il a, de mon point de vue, toutes les qualités pour être un bon Président de l’AGET. Malgré cela, les DG ont préféré me confier cette responsabilité. Ils ont préféré quelqu’un qui appartient à l’AGET depuis sa création, qui connait parfaitement les rouages de l’administration et surtout qui connaît toute l’histoire et les sensibilités du pays.

Aujourd’hui, l’AGET peut valablement parler non seulement au nom des entreprises de l’association mais également au nom de l’ensemble du secteur privé togolais. Cette connaissance-là, ne s’acquière qu’au bout de plusieurs années. Je pense que c’est cet ensemble d’éléments qui a fait pencher la balance de mon côté, me permettant ainsi d’accéder à ce poste de responsabilité.

C’est la première fois dans l’histoire de l’AGET qu’une élection est âprement disputée. Le signe d’une volonté de mieux faire ?

Comme je le disais tantôt, l’AGET est riche de talents de toutes nationalités, les « candidats » naturels étaient donc nombreux. Vu l’importance de l’AGET et vu le nombre sans cesse croissant de ses membres, il y a forcément plusieurs talents qui émergent, capable de diriger notre association.

Cela étant, être Président de l’AGET demande une grande disponibilité et une volonté affirmée de défendre la place de l’entreprise, son rôle dans l’économie et d’apporter son soutien aux pouvoirs publics dans la responsabilité de diriger le Togo sur la voix de l’émergence.

Le Président SYMENOUH que je n’ai pas la prétention de remplacer, mais auquel je succède, a été pendant ces six années à la tête de l’AGET, et sans cesse, sur tous les fronts, que ce soit le coût des moyens de production, les frais du Port de Lomé, l’élargissement de l’assiette fiscale, le rôle social de l’entreprise, notamment en ce qui concerne l’emploi des jeunes, etc.

Signe d’une volonté de mieux faire ? Oui, sans aucun doute. Mais avant tout, signe d’une grande vitalité de l’association, une volonté de se surpasser. Comme l’AGET l’a si bien mentionné dans son Livre blanc, la tâche est immense et à côté de l’amélioration du climat des affaires, d’autres problèmes cruciaux se posent à nous. Je pense particulièrement à l’emploi des jeunes. La solution à cette question doit venir du secteur privé, mais le secteur privé ne peut réussir qu’avec l’appui des autorités publiques et ce, au plus haut niveau.

Quel est votre plan d’action pour l’AGET durant les deux prochaines années ?

Notre « Livre blanc » est clair sur ce point. Nous avons dégagé les recommandations et les priorités qui seront la base de notre plan d’action pour les années à venir.

Depuis la dernière édition du « Livre blanc », une révision de nos statuts a eu lieu et la durée du mandat du Bureau Exécutif a été portée à trois ans. Les trois prochaines années seront consacrées avant tout, à la défense du tissu industriel existant, de la compétitivité de nos entreprises mais aussi de la compétitivité du Togo lui-même, car nous devons attirer beaucoup plus d’Investissements Directs Etrangers (IDE). Nous en avons besoin pour créer des emplois et développer les nouvelles technologies, etc.

Les chantiers sont nombreux et l’accès au financement bancaire est l’un d’entre eux. Nous travaillerons donc avec les autorités compétentes qui ont déjà lancé ce chantier pour la mise en place d’un nouveau régime foncier, car la principale garantie demandée par les banques est en effet une garantie réelle.

Afin de protéger efficacement le tissu industriel existant, nous travaillons avec les autorités compétentes pour limiter le phénomène de la porosité des frontières et la concurrence déloyale provoquée par l’entrée illégale des produits sur notre territoire national.

Afin d’attirer également plus d’Investissements Directs Etrangers, nous travaillerons avec les autorités pour l’opérationnalisation rapide de l’Agence de Promotion des Investissements de la Zone Franche, afin que les mesures incitatives contenues dans le nouveau code des investissements, notamment les mesures de réductions d’impôts pour investissement (RIPI) qu’il contient puissent effectivement être appliquées.

Les trois prochaines années seront donc riches pour l’AGET, car c’est seulement au travers de nos actions que nous pourrons porter plus haut notre association.

Quelles seront vos premières décisions à la tête de l’AGET pour prendre vos marques avec votre équipe ?

Le nouveau Bureau Exécutif de l’AGET, comprend deux nouveaux postes de conseillers, il s’agit d’un poste de conseiller « agrobusiness » et d’un poste de conseiller « nouvelles technologies ». Ces deux secteurs sont considérés par l’AGET comme très porteurs et incontournables pour l’économie togolaise et de ce fait, feront l’objet d’études spéciales de notre part. Nous ferons le maximum pour l’image du Togo, en attirant des investisseurs et des savoir-faire de tous les continents, afin de doter notre pays de ce qui se fait de mieux.

Nous comptons également augmenter le nombre d’adhérents à l’AGET afin d’avoir encore plus de poids et d’influence sur la scène nationale, aux yeux des autorités publiques et aux yeux des instances supranationales.

Il est souvent reproché à l’AGET d’être une association qui n’en fait pas assez pour la défense des intérêts de ses membres ou le secteur privé, malgré ses grandes ressources financières. Que comptez-vous faire pour rectifier le tir ?

La raison d’être de l’AGET est la défense de ses membres et en particulier la défense de ses industries. L’AGET a rencontré les autorités, et celles-ci sont parfaitement conscientes des difficultés dans lesquelles évoluent les entreprises. Nous sommes écoutés certes, mais les recommandations faites par l’AGET n’ont toujours pas eu écho favorable immédiat auprès des autorités. Et pour cela, nous travaillons avec l’ensemble des membres de notre association, afin de mieux nous faire entendre.

Nous travaillons prioritairement sur :

  • La mise en place d’un dialogue Public-Privé qui à ce jour n’existe pas d’où un certain nombre d’incompréhensions
  • La mise en place du code des investissements
  • La normalisation des relations avec les organisations patronales et autres
  • De nouvelles actions en faveur de l’entreprenariat et de la formation professionnelle
  • La nouvelle édition du « Livre blanc » de l’AGET.

Pour moi, l’AGET est avant tout un « think thank » et doit être une force de propositions et d’actions. Cette force doit être mise au service du pays et de la puissance publique, afin de participer au développement de notre cher pays.

Henri Gaperi, démis de ses fonctions. Kodzo Adédzé, nouveau patron de l’OTR. Quelle analyse fait l’AGET de ce changement au commissariat général de l’OTR ?

L’AGET a été la première à saluer la mise en place de l’OTR comme une excellente mesure car il fallait impérativement rationaliser l’administration des impôts. Cette mise en place devait s’accompagner immédiatement d’un élargissement de la base fiscale, ce que le Commissaire Général sortant de l’OTR a commencé à faire et ce que devrait continuer le Commissaire Général par intérim, M. Kodzo Adédzé.

L’arrivée de M. Henri Gapéri a été une bonne initiative car il fallait avoir à cet effet le regard neuf d’un spécialiste pour analyser la situation togolaise.

Kodzo Adédzé est un homme d’expérience, très pragmatique et du point de vue de l’AGET. Il pourra sans aucun doute poursuivre les chantiers entrepris par son prédécesseur, notamment l’élargissement de la base fiscale, afin que nous, grandes entreprises n’ayons pas le sentiment de supporter toutes seules la pression fiscale de toute l’économie togolaise. Etant douanier de formation et ayant géré d’autres institutions financières, nous sommes très sûrs de l’écoute toute particulière qu’il accordera à l’AGET.

Interview réalisée par Elom ATTISSOGBE