CEET : Faits, chiffres, défis

Seize mois après sa nomination à la Direction Générale de la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET), Paul Mawusi Kakatsi a réussi à imprimer sa méthode de gouvernance : « la rigueur ». Prenant avec fair-play et hauteur d’esprit les critiques d’une clientèle pressée, le diplômé de l’Ecole supérieure interafricaine de l’électricité (ESIE) de Bingerville en Côte d’Ivoire mise sur la culture du résultat. Pleins feux sur une boîte qui bouge.

A son come-back, en février 2016, à la tête de la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET), Paul Mawusi Kakatsi a tout de suite fait découvrir son ambition : « accroître l’accès des populations à l’énergie électrique ». La révision du système de collecte des revenus, la modernisation de la gestion technique des infrastructures, la mutation de la consommation classique vers la consommation prépayée, l’innovation et la convergence numérique des plateaux techniques, etc., rentrent également dans le schéma de l’ingénieur électromécanicien de formation. Pour y arriver, le Directeur Général de la CEET repose sa stratégie sur un leitmotiv : « asseoir la société au niveau de sa trésorerie et de sa viabilité financière ». Une tâche jugée des plus prioritaires.

Ses premiers pas pour prendre ses marques avec sa nouvelle équipe, il les a esquissés avec assurance. « Nous avons procédé à la revue de l’existant dans les segments liés respectivement au métier et aux ressources financières et humaines, à la prise de mesures correctives d’urgence pour sécuriser les acquis positifs et recadrer les activités qui semblent dériver, au renforcement de la sécurité énergétique nationale et communautaire Togo-Bénin par l’engagement d’apurer en urgence les stocks d’arriérés vis-à-vis de notre fournisseur principal, la Communauté Electrique du Bénin (CEB), et enfin à la préparation de la relance par l’élaboration d’un plan stratégique de développement sur les moyen et long termes fortement axé sur la problématique d’accès à l’énergie pour tous et d’amélioration de la collecte des revenus auprès de la clientèle », confiait-il au magazine « Marchés Africains ».

Avec sa grande maitrise des activités de distribution et d’exploitation, ce quinquagénaire rompu à la tâche est arrivé à gagner, non sans peine, le pari de l’électricité lors du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes que la capitale togolaise a abrité en octobre 2016. Entre « réformes », « projets », et « mutations », Paul Mawusi Kakatsi s’est engagé à faire bouger les lignes. « Nous allons bousculer certaines limites. Nous allons déplacer certaines choses. Ça fait mal. Mais c’est nécessaire », a-t-il laissé entendre dans l’une de ses interventions à l’adresse de ses employés.

2016 : des chiffres et résultats

Au titre de l’année 2016, la CEET a fait l’effort de se positionner sur un équilibre financier acceptable, grâce au concours de ses employés. Elle qui venait de très loin. En effet, ce géant de l’électricité est passé d’un déficit cumulé de 12 milliards FCFA sur les trois dernières années pour remonter la pente et faire un bénéfice d’un milliard FCFA en 2016 selon nos informations.

En ce qui concerne la CEB (Communauté Electrique du Bénin), la nouvelle équipe dirigeante a hérité, selon nos recoupements, d’un stock impayé de 48 milliards FCFA, en plus des factures de consommation courante. Sur cette grosse dette envers la CEB, la CEET a pu payer en une seule année, 30 milliards FCFA, et continue d’éponger le reliquat.

« Pour l’exercice 2016, nous avons réussi à obtenir un équilibre financier. Les organes de gestion de la CEET considèrent que le préalable pour la sécurisation énergétique dans le secteur communautaire Togo- Bénin est l’acquittement à date de leur facture auprès des structures d’approvisionnement. À la date actuelle, la CEET a apuré plus de 80 % de sa dette vis-à-vis de la CEB, en plus du paiement régulier des factures courantes », confirme le Directeur Général de la CEET dans le magazine « Marchés Africains ».

Dans ce processus d’apurement de la dette de la CEB, il faut le souligner, l’appui personnel du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, a été déterminant selon nos informations.

Sur l’exercice 2016, la CEET a également obtenu une aide financière du Président de la République et a bénéficié d’un payement de certains arriérés de l’Etat qui montaient à 8 milliards FCFA. Selon nos sources, cela faisait quatre ans que la CEET n’a pu obtenir les payements de l’Etat.

Dans la phase d’inversion du processus de payement, la compagnie a obtenu un accord de commande de 300.000 compteurs à prépayement. En effet, la CEET se prépare à partir de 2017 à inverser son système de collecte des revenus de l’énergie post-payée à l’énergie prépayée. Ce virage a été motivé par la prise en compte des capacités de paiement des ménages modestes à même de s’approvisionner en énergie électrique au quotidien. Cette orientation vise également certains locataires qui sont contraints à partager au forfait les dépenses énergétiques avec les propriétaires, pratique qui suscite beaucoup de frustrations. Elle vise aussi à mettre fin au mode de recouvrement basé sur la contrainte d’interruption de la fourniture d’énergie au client, ce qui dégrade fortement la relation commerciale.

Les défis majeurs

A l’occasion de la fête du travail le 1er mai 2017 le Directeur Général de la CEET a fait le tour d’horizon des grands chantiers de l’année et a levé l’équivoque sur certains dossiers brûlants de l’heure.

« S’agissant de la centrale Contour Global, il y a eu une réflexion d’une commission sanctionnée par un document qui a été remis aux autorités du pays. Cette commission a été mise en place à la suite des mouvements de contestation des partenaires sociaux qui se préoccupaient de l’impact de cette centrale sur la CEET. Concernant le choix de déployer ce projet dans le pays, il s’inscrit dans le cadre de la souveraineté nationale en matière d’énergie électrique. Et ce choix a été déployé au moment où le pays traversait une grave crise énergétique qui menaçait même les activités socio-économiques de notre pays. Cette centrale électrique est celle qui alimente actuellement toute la ville de Lomé, la Volta Region Authority (VRA), et toutes les sources d’importation. C’est une démonstration éloquente du bon choix que nos autorités ont fait en son temps pour doter notre pays d’une source autonome qui nous permettra d’avoir notre énergie lorsque les importations et les autres sources sont défaillantes. La nécessité de cette centrale n’est plus à démontrer. La gestion de cette centrale électrique a effectivement eu des impacts sur les comptes de la CEET. Mais avec les appuis de l’Etat, la recherche permanente de solutions, notamment les sources alternatives en ce qui concerne l’approvisionnement en gaz et en fuel lourd, nous arrivons tant bien que mal à tenir. Et au niveau de l’équilibre de la CEET, nous n’avons pas de souci majeur à nous faire. Nous y sommes arrivés, ensemble avec vos efforts, ensemble avec les sacrifices que vous avez consenti. Je souhaiterais que nous soyons toujours ensemble pour trouver les voies et moyens d’inclure cet outil de production dans notre gestion, avec l’appui de nos autorités, et trouver la meilleure voie pour pouvoir utiliser davantage cette centrale électrique », a expliqué Paul Mawusi Kakatsi.

Relativement au personnel de la CEET, le Directeur Général rassure : « (…) Effectivement, la CEET est à un moment charnière de la gestion de ses ressources humaines. Les compétences les plus avérées sont presque en train de partir. Et les compétences qui sont en train d’entrer ont besoin d’être formées. Et il faut des mentors pour que l’expertise soit conservée. Nous savons aujourd’hui que, pour la simple confection des voies de jonction, nous faisons appel aux anciens qui sont déjà à la retraite. Nous sommes dans un secteur de métier, un secteur industriel où la maîtrise des processus est nécessaire pour pouvoir garder la performance. Et cette maîtrise a besoin du temps. Je suis d’accord que nous devons anticiper pour pouvoir recruter en quantité et en qualité afin de pouvoir assurer la mission qui est la nôtre. La qualité des ressources humaines, nous la considérons comme l’un des maillons les plus essentiels de la réussite et de la viabilité de la CEET. Les grands défis ont toujours été relevés par un personnel qualifié, expérimenté, engagé, et dévoué. Pour les besoins en ressources humaines, nous sommes à pied d’œuvre. Les mesures sont déjà prises et en temps opportun, les partenaires sociaux seront associés au déploiement du processus », fait-il savoir.

Sur le phénomène des « toiles d’araignée », Paul Mawusi Kakatsi se veut optimiste. L’homme indique que la CEET mobilise les moyens pour endiguer ces réseaux anarchiques. Un financement important est en train d’être conclu avec l’Union Européenne et la Banque Mondiale pour venir à bout de ce phénomène. « En attendant, avec nos fonds propres, nous sommes en train de déployer ce projet au niveau de la ville de Lomé. Nous avons aussi articulé sur ce projet, le branchement de 100.000 abonnés. Ces abonnés sont des abonnés potentiels. Nous avons à cœur les consommateurs à faible revenu », précise-t-il.

Mais le chantier reste encore vaste. La compagnie entend redoubler d’efforts dans la réduction des pertes non techniques sur le réseau. Aussi, les récentes coupures de courant perlées observées dans le pays ont-elles failli faire déchanter une partie de la population. Une situation relative, d’une part, à la rupture de l’appoint fourni par la VRA (Volta Region Authority) au Togo. Sauf que, les choses semblent revenir à la normale depuis quelques jours. « Il ne s’agit pas du délestage. Loin s’en faut », déclare un cadre de la société.

Pour l’heure, la CEET s’inscrit dans une logique de pédagogie de sa clientèle face aux enjeux du moment, et prend des dispositions pour le renforcement de sa capacité de production.

Elom ATTISSOGBE