Au dialogue, politiciens

Dos au mur compte tenu de la situation politique alarmante et les nombreux appels à échanger pour trouver les voies et moyens de sortir de l’impasse, le gouvernement a fini par prendre la décision qui s’impose : le dialogue. Reste à accélérer la cadence face aux grandes attentes, et à faire preuve de réalisme du côté de l’opposition. Décryptage !

« (…) Le gouvernement prend également les dispositions nécessaires pour l’ouverture, à Lomé, d’un dialogue avec l’ensemble de la classe politique togolaise (…) ». Cette phrase d’un communiqué du gouvernement lu sur les antennes de la télévision nationale lundi, à la veille des trois jours de manifestation de l’opposition, retient l’attention. Il est vrai que le gouvernement pouvait s’y prendre plus tôt, pour faire économie de ces morts que le Togo continue de pleurer, de ces blessés, et autres dégâts matériels déplorés ici et là. Le premier congrès statutaire du parti au pouvoir, Unir (Union pour la République), en a été peut-être pour quelque chose dans le retard de cette annonce du dialogue, de l’avis de certains observateurs.

En effet, depuis le début de la crise, Paris, Washington, le Système des Nations Unies au Togo, l’Ambassade des USA, l’Ambassade de France, la Délégation de l’Union Européenne, et l’Ambassade d’Allemagne ont prescrit le dialogue à la classe politique togolaise comme « seule voie de résolution de la crise ».

Il est bien à nos portes. Sauf que, ni la date de l’ouverture des discussions, ni le cadre prévu à cet effet, ni l’ordre du jour, ou encore la présence d’un facilitateur ou non, ne sont encore connus. Pendant ce temps, le pays ressent les effets d’une asphyxie financière. La dernière mission du Fonds Monétaire International (FMI) au Togo prévient que « les tensions, si elles persistaient, pourraient entamer la confiance des consommateurs et des investisseurs et, par conséquent, avoir une incidence sur les performances macroéconomiques. »

« Dialogue, oui. Mais sous pression »

Aux premières heures de la contestation, la coalition de l’opposition ne parlait que le langage de la rue, décidée à en finir avec le pouvoir de Lomé sous la pression populaire. Revigorée par les militants qui répondent massivement à ses appels à manifester, la coalition de l’opposition avait mis la barre très haut. « Si nous devons dialoguer, c’est pour discuter des conditions de départ de Faure Gnassingbé », disait encore Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition togolaise. « Les dialogues, il y en a tellement eu au Togo. Il n’y a pas de pays qui ait connu en Afrique de l’ouest plus de dialogue que le Togo. De quoi allons-nous encore discuter ? », laissait entendre Tikpi Atchadam, leader du Parti national panafricain (PNP) dans l’une de ses déclarations à la presse.

Mais depuis, les positions ont évolué. Des contacts informels pris du côté de l’opposition semblent avoir porté leurs fruits, comme ce voyage à destination d’Abidjan de Jean-Pierre Fabre à bord d’un vol Air Côte d’Ivoire mi-octobre, les va-et-vient entre Accra et Lomé des leaders de la coalition de l’opposition, Alassane Ouattara et Nana Akufo Addo étant attentifs et soucieux de la situation politique du Togo. « Le dialogue, oui. Mais pour parler de quoi ? Quel sera l’ordre du jour ? Si c’est pour discuter d’un retour à la Constitution de 1992, je suis prêt. Si c’est pour discuter du droit de vote de la diaspora, vous me verrez », a déclaré Tikpi Atchadam dans une émission de grande écoute sur une radio à Lomé. « Les sujets à aborder sont ceux voulus par le peuple », fait savoir Jean-Pierre Fabre. « Nous ne sommes pas contre le dialogue. Mais nous allons maintenir la pression », a indiqué Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordinatrice de la coalition des 14 partis de l’opposition.

« Volonté de dialogue »

Du côté du gouvernement, on soutient l’ouverture au dialogue. Revenant sur les mesures prises par lundi par l’Exécutif, Gilbert Bawara, cadre du parti au pouvoir, affirme qu’il s’agit des mesures destiner à désamorcer la tension, apaiser davantage le climat sociopolitique dans le pays et créer une atmosphère de sérénité propice pour un dialogue politique fécond. « (…) Pour l’immense majorité des partis politiques légalistes et démocratiques, les mesures d’apaisement vont contribuer à la mise en route du dialogue et de la concertation, afin de rechercher des solutions à la question des réformes politiques. Je suis sûr que certains acteurs politiques vont déduire des mesures d’apaisement du gouvernement, une faiblesse et persister dans la surenchère et le populisme. Je voudrais insister que les mesures prises procèdent d’une réelle et sincère volonté d’apaisement et le gouvernement continuera à agir avec le sens de la responsabilité et le souci de l’intérêt supérieur de notre pays, tout en faisant prévaloir l’Etat de droit et l’autorité de l’Etat », précise l’ancien ministre de l’Administration territoriale à notre confrère en ligne togobreakingnews.info. « Quand on ouvre un dialogue, quand on prône la concertation, c’est qu’il y a une ouverture d’esprit. Et je pense que les uns et les autres auraient intérêt à éviter toute forme de préalable, de surenchère ou d’exigence irréalistes qui rendraient cet exercice beaucoup plus périlleux et qui compromettraient les résultats qui sont escomptés. J’espère que ceux qui sont à la fois dans des logiques non-démocratiques ou dans la surenchère et une fuite en avant vont agir avec le sens de la retenue et de la responsabilité, et faire preuve d’ouverture, d’écoute et de sens de compromis afin que l’initiative voulue par le Chef de l’Etat soit fructueuse et concluante. Il n’y aura pas de sujets tabous. Mais les discussions doivent se faire dans le respect scrupuleux de l’ordre constitutionnel et des règles et institutions démocratiques », ajoute-t-il. « Le gouvernement vient de réaffirmer sa volonté de dialogue et de concertation… Si des gens évitent la fuite en avant et la tentation d’être emportés par l’effet de foule, il est possible d’agir vite et d’œuvrer pour aboutir rapidement à des résultats concluants », poursuit l’actuel ministre de la Fonction publique, du Travail, et de la Réforme Administrative.

Des deux côtés, la volonté d’aller au dialogue est bien réelle. Sauf que pour le cadre de discussion, l’ordre du jour, et la date de l’ouverture prochaine du dialogue, les Togolais devront, malheureusement, encore prendre leur mal en patience.

Elom ATTISSOGBE