Qui est Alassani Mohamed Djobo ?

Il est le « conseiller spirituel » de Tikpi Atchadam, président du PNP. Lui, c’est Alassani Mohamed Djobo. Imam d’une des nombreuses mosquées de la ville de Sokodé. Son arrestation, le lundi 16 octobre, par les autorités togolaises, a plongé la ville dans des scènes de violence infernales.

Son nom, en l’espace d’une semaine, est connu de tous. Mohamed Alassani Djobo, imam de la mosquée du quartier « Titan Place » de Sokodé, à proximité du quartier administratif, membre du bureau du PNP, est un personnage diversement apprécié.

Quadragénaire, originaire d’un village de la Préfecture de Bafilo, son apprentissage islamique se déroule en Arabie Saoudite. D’influence wahhabite selon nos informations, il esquisse ses premiers pas de leader religieux dans la commune de Sokodé au début des années 2000. A cette époque, ces prêches fustigeaient la fornication. Il se montre « intransigeant » sur la question, à en croire des fidèles de sa mosquée. « Il critiquait beaucoup les personnes qui s’adonnaient aux relations sexuelles sans être mariées », nous confie un fidèle musulman qui nous assure avoir fréquenté sa mosquée un temps.

Et puis, il y a eu cette histoire de grossesse. « Il a enceinté une jeune fille avec qui il n’était pas marié. Son image a été sérieusement écornée », nous raconte un journaliste local qui n’a pas voulu que son nom soit cité. « Il dénonce la fornication alors que lui-même a été pris à ce piège. Il a dû plier bagage pour la ville de Kara suite à cette affaire », poursuit notre confrère. Ces proches, eux, nous parlent « d’une attaque mystique ». « On lui a jeté un mauvais sort », lâche un fidèle.

A Kara, l’imam ne fera qu’un court séjour. A l’époque, un certain Lieutenant-colonel Ernest Essohanam Gnassingbé régnait en maître dans la ville située à 420 km de Lomé, la capitale togolaise. Très tôt, les deux hommes entrent en brouille. Les éléments du Lieutenant-colonel Ernest signifieront à l’imam Djobo de quitter la ville. Impossible d’en savoir plus. C’est ainsi qu’il retourna à Sokodé vers 2004.

« Il ne parlait pas politique à ses débuts, explique notre source. C’est depuis son retour de Kara qu’il s’est mis à mettre la politique dans ses activités. Et il faut dire qu’il n’avait pas de parti pris. Il critiquait les hommes politiques, toutes tendances confondues. Opposition comme parti au pouvoir. Ce qui s’est passé à Kara avec le Colonel Ernest Gnassingbé l’a profondément bouleversé », confie l’entourage de l’imam.

Le fidèle de Mahomet montrera que la langue de bois n’est pas son fort. A la création du PNP, il nourrit un grand intérêt pour le parti et y trouve une place aux côtés de son président, Tikpi Atchadam.

La suite, on la connaît. Les tentatives de médiation des associations musulmanes du pays pour obtenir sa libération, sont, pour l’instant, vaines. Alassani Mohamed Djobo reste en prison. Depuis sa détention, il est perçu comme un héros par les militants du Pnp. « Le pouvoir a peur de sa capacité à mobiliser les foules », analyse l’un d’entre eux.

Photo : L’imam Alassani Djobo (à gauche) aux côtés du leader du Pnp, Tikpi Atchadam, le 19 août 2017 à Sokodé.

De notre envoyé spécial, Ismaël ALI