Aflao Sagbado : Tempête au palais royal

Frappé de plein fouet par le décès de Togbui Semekonawo III, le canton d’Aflao Sagbado fait face à l’une des plus graves crises de sa chefferie traditionnelle. Bras de fer entre candidats au trône, profondes dissensions sur la succession, la guerre est ouverte.

La bataille autour de la succession de Togbui Semekonawo III prend des allures inquiétantes. Depuis plus de six mois après la mort du chef canton d’Aflao Sagbado, le trône cherche un roi.

Les faits

Selon nos recoupements, Togbui Semekonawo III, peu avant sa mort subite, à en croire ses proches, avait donné procuration à Togbui Alè, afin qu’il puisse gérer les activités courantes, en attendant le rétablissement total du chef canton d’Aflao Sagbado, entre-temps malade. Plus tard, pour des raisons que l’entourage du défunt roi ignore encore, la procuration a été retirée à Togbui Alè par Togbui Semekonawo III. Une procuration qui a été remise à Adam Semekonawo, un membre de la famille royale. C’est là que tout a commencé.

De nos investigations, il ressort que Adam Semekonawo se comportait déjà, sur la base de cette procuration, comme le chef canton d’Aflao Sagbado, à la place du roi qui était encore vivant, mais limité physiquement. Il aurait ainsi entamé les formalités pour prendre plus tard la succession. Ayant fait la remarque, Togbui Semekonawo III avait retiré la procuration à Adam Semekonawo pour la remettre à Togbui Alè. Sauf que les rôles ont été bien répartis cette fois-ci. Togbui Alè aurait pour mission de signer les documents administratifs, et Adam Semekonawo de régler les litiges au palais royal.

Le canton d’Aflao Sagbado fonctionnait alors de cette manière jusqu’à ce que le sort ne décide autrement. Un matin, Togbui Semekonawo rendit l’âme. Patatras ! L’enterrement n’a pas encore eu lieu que les hostilités autour de sa succession ont commencées. Adam Semekonawo reprit les devants, se préparant pour être intronisé. Selon nos informations, il aurait fait toutes les cérémonies et entamé les démarches administratives pour être nommé chef canton d’Aflao Sagbado. La famille Semekonawo, ayant appris la nouvelle, s’était réunie pour trancher : « pas question que Adam Semekonawo soit le chef canton d’Aflao Sagbado. La famille n’est pas d’accord ». Très vite, trois propositions de noms ont été faites de commun accord par la famille royale. Des personnes parmi lesquelles la famille demande qu’un choix soit fait. La liste a été envoyée à la préfecture du Golfe pour la procédure à suivre.

La surprise

Cependant, un fait attendait l’assistance aux obsèques de Togbui Sémékonawo III. Il s’agit de l’intronisation de Adam Semekonawo. Tout était préparé par ce dernier pour qu’il puisse succéder au défunt roi. Sauf que la cérémonie a tourné court. C’était la débandade devant le palais royal. Togbui Fiti du Ghana, invité pour la circonstance, avait également pris ses jambes au cou. La famille Semekonawo s’oppose à ladite cérémonie, soutenant n’avoir pas choisi Adam comme chef canton d’Aflao Sagbado. Le processus a donc été arrêté.

Dans la cour royale d’Aflao Sagbado actuellement, les esprits sont surchauffés. La simple prononciation du nom Adam Semekonawo provoque l’ire de la famille. Togbui Alè continue de signer les documents administratifs et Adam Semekonawo gère également les litiges. Sauf que, la situation confuse dans le canton amène certains chefs quartier à gérer les litiges dans leurs palais. Les réunions hebdomadaires de jeudi dans la cour royale d’Aflao Sagbado sont clairsemées.

La tension étant palpable, le chef d’Apédokoè qui attend son décret de reconnaissance ce samedi 14 avril, aurait demandé le morcellement du canton d’Aflao Sagbado en deux, afin qu’il puisse administrer une partie. La même demande aurait été faite par d’autres chefs dont celui de Ségbé et de Klémé-Djato, chacun voulant contrôler son territoire qui sera reconnue officiellement comme un canton. Des requêtes devant lesquelles l’autorité reste pour le moment muette.

C’est dans cette ambiance délétère que baigne le canton d’Aflao Sagbado. La balle est dans le camp de la préfecture du Golfe et du ministère de l’Administration territoriale qui doivent rapidement se pencher sur la situation, afin de ramener la paix dans ce canton, l’un des plus grands du Togo.

Nicolas EDORH