Dos à la mer ou l’énigme

Citoyens, milieux d’affaires, communauté internationale… Le Togo est sur le qui-vive. La fracture entre partisans et adversaires du pouvoir de Lomé reste béante. A quelques jours des nouvelles manifestations de l’opposition prévues les 7, 8 et 9 novembre prochains, il y a de l’eau dans le gaz. Dernier fait en date, l’opération « dos à la mer » lancée par Tikpi Atchadam.

Nul ne l’a vu venir. Comme un loup, il s’est introduit dans la bergerie. Depuis, la tension monte. Tikpi Atchadam, président national du Parti national panafricain (PNP) dérange sérieusement. Après les manifestations de la colère, de la résistance, l’anthropologue et juriste de formation évoque, depuis sa cachette, l’opération « dos à la mer ».

Dans un message audio diffusé sur les réseaux sociaux, Tikpi Atchadam appelle le peuple à entretenir la flamme de la contestation.

« (…) Nous tenons à présenter nos condoléances les plus sincères aux familles des patriotes tombés au combat pour la libération de notre pays. Aux blessés, nous souhaitons un prompt rétablissement. Nous exprimons notre soutien aux détenus de l’arbitraire, et à ceux qui sont encore dans les champs, sans oublier nos compatriotes réfugiés dans les Etats voisins. (…) Le caractère atypique de la gouvernance au Togo explique l’incompréhension entre le peuple togolais martyr et le reste du monde. Mais depuis le 19 août 2017, le monde entier se fait une opinion propre sur la gouvernance en cours dans notre pays depuis 1963. Nous tenons à remercier les chefs d’Etat africains et les personnalités pour toutes les initiatives et les efforts qu’ils ne cessent de déployer en vue de sortir le Togo de cette crise qui perdure. (…) Il doit être clair pour chacun de nous que le combat actuel pour la liberté, la justice et la prospérité est, avant tout, un combat de la jeunesse togolaise et de la jeunesse africaine », laisse entendre Tikpi Atchadam.

« (…) Je pense sincèrement que l’opération dos à la mer qui consiste pour la jeunesse africaine à prendre position sur tout le pourtour du continent, dos à la mer, et face à l’intérieur du continent, pour détruire les dernières passions de la dictature et poser les bases d’une Afrique digne et respectée peut commencer par le Togo. La jeunesse africaine est en train d’en faire la démonstration aujourd’hui à l’occasion de la lutte pour la libération du Togo de la dictature cinquantenaire. (…) Les 7, 8 et 9 novembre 2017, il y aura marche sur l’ensemble du territoire national togolais. A cet égard, nous réaffirmons le caractère pacifique des marches. Nous sommes réconfortés dans notre choix en faveur de la non-violence et les résultats sont concrets et tangibles (…) », indique le président national du Parti national panafricain (PNP).

Dans certains milieux, l’opération « dos à la mer » dont parle Tikpi Atchadam est passée au crible. Beaucoup continuent de se poser des questions. «  De qui s’agit-il ? Que nous réservent les prochaines manifestations ? », s’interroge Komlan Afatchao, enseignant dans un établissement scolaire. « Il est vrai que cette opération relève de l’inconnu. Et ça fait planer la peur sur le pays. Personne ne sait dans quelle ambiance auront lieu les prochaines manifestations », renchérit François Ativon, chef d’entreprise.

Du côté de la coalition de l’opposition, l’on affiche une sérénité. Lors d’une conférence de presse mardi, les responsables de la coalition ont confirmé le rendez-vous des 7, 8 et 9 novembre en faisant savoir que le gouvernement a donné son accord lundi, aux termes d’une réunion avec la coalition pour s’entendre sur l’itinéraire.

« Il s’agit de manifestations nationales qui auront lieu à Lomé et dans plusieurs localités du pays. Nous appelons les populations à sortir massivement pour faire comprendre au régime de Faure Gnassingbé qu’il ne nous fait pas peur malgré les répressions », a lancé à l’endroit de la population, la coordinatrice de la coalition, Brigitte Adjamagbo-Johnson. « Nos exigences ne sont dressées contre personne Elles visent à libérer le Togo et à en faire le patrimoine commun de tous les Togolais et non l’héritage personnel ou familial d’une minorité », souligne la déclaration liminaire de la coalition.

La communauté internationale continue d’appeler toutes les parties au dialogue, afin de trouver les voies et moyens à même de résoudre la crise. Du côté du parti au pouvoir, on insiste sur l’ouverture au dialogue. Reste à la rendre concrète.

Elom ATTISSOGBE