Primature : Et si c’était lui ?

A la démission du Premier ministre ainsi que celle de son Gouvernement le 04 janvier, au lendemain des législatives remportées par le parti au pouvoir, la course à la Villa 433 de la Cité OUA est lancée. Entre préparatifs de la présidentielle de 2020 et les élections locales qui devraient se tenir dans quelques mois, l’enjeu est de taille et le successeur de Komi Sélom Klassou devra avoir l’étoffe nécessaire et aura à imprimer rapidement sa marque. Qui sera le prochain Premier ministre du Togo ?

Au Togo, la Primature a souvent connu des nominations surprise. Relevant du seul pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat, le choix du prochain Premier ministre n’est pas pour longtemps. Au regard de la mission, la feuille de route du Gouvernement qui sera formé dans quelques jours, et surtout des échéances électorales importantes qui s’annoncent, cette nomination se relève être des plus délicates. Les consultations se poursuivent, des noms fuitent, mais la seule décision revient à Faure Gnassingbé, qui a souvent plus d’un tour dans son sac.

SKK : une reconduction ?

Selon certaines sources, Sélom Komi Klassou (SKK), Premier ministre sortant, pourrait être reconduit dans ses fonctions. Nommé en juin 2015, l’ancien directeur de campagne de Faure Gnassingbé lors de la présidentielle d’avril 2005 ne part pas, cependant, avec la faveur des pronostics. Purement administratif, le bilan de cet originaire de la préfecture de Haho à la Primature est « mitigé », à en croire une partie de l’opinion. « RAS », martèlent les plus sévères, qui d’ailleurs voient en lui, un homme surpris par ses hautes charges et dont le poste a souvent servi à représenter le chef de l’Etat lors des cérémonies officielles et internationales, qu’à coordonner véritablement l’action du Gouvernement. Son poids réel sur le pouvoir exécutif dont il est le chef ? « Difficile de dire qu’il avait une certaine influence sur le Gouvernement », analyse un homme politique. « C’est quelqu’un qui a souvent très peur, mais qui aussi a des qualités et qui sait être décisif s’il a la confiance du Président de la République. Il a eu cette confiance. Mais personnellement, je pense qu’il n’a pas été à la hauteur de sa tâche. Au temps fort de la crise politique, il était quasiment absent du débat, à part une ou deux sorties médiatiques réglées comme du papier à musique. Lors des grands enjeux comme le sommet sur la sécurité maritime, tout le monde a vu ses limites sur les plateaux. Et donc s’agissant de l’étoffe nécessaire à ce poste, il n’en a pas. Ce Gouvernement n’a pas du tout travaillé. Et il était difficile à Sélom Komi Klassou de remettre ses ministres au travail », poursuit notre source. « Il faut dire qu’il lui manquait quelque chose pour réussir sa mission. Ce que certains de ses prédécesseurs comme Gilbert Houngbo ont de plus que lui. Bref, je pense que c’est un parfait griot », ajoute-t-elle.

« C’est un homme de confiance du chef de l’Etat. Il faisait ce qu’on lui disait de faire et a rempli sa mission », relativise une autre source. « Nonobstant le surprenant brouhaha politique de ces derniers mois, sous lui, il faut reconnaître qu’il y a des acquis, notamment l’accord avec les enseignants pour désamorcer la crise dans le secteur de l’éducation, et le dialogue social qui se poursuit avec d’autres corps de métier comme la santé », commente notre interlocuteur. « Il faut maintenant consolider ces acquis parce qu’il s’agit bien évidemment d’une lutte de tous les jours. Le chantier est vaste et il y a encore plein de défis », affirme-t-il.

Dans l’opinion, des rumeurs envoient Komi Sélom Klassou à la présidence de l’Assemblée nationale, lui qui était le 1er vice-président de la législature précédente et qui est réélu député dans sa circonscription lors des législatives du 20 décembre dernier. Sauf que, pour certains analystes, ce poste stratégique de numéro 2 de la République revêt des paramètres et des facteurs endogènes et exogènes qui ne militeraient pas en faveur d’une élection de Sélom Komi Klassou comme nouveau président de l’Assemblée nationale.

Djossou Semondji pressenti

Son nom avait circulé en 2015 dans le cadre des consultations pour la nomination du Premier ministre. Il revient. Ancien chargé de mission auprès du Premier ministre, chargé des questions macro-économiques et financières de 1994 à 1996, ce natif de la préfecture du Moyen-Mono n’est pas un homme à négliger. Spécialiste des questions économiques, financières et de développement, il a réussi à se tailler une place dans le cercle restreint des conseillers économiques du chef de l’Etat depuis son départ du Gouvernement.

« Il est quelqu’un de solide, surtout dans l’économie et les finances. Et compte tenu des difficultés économiques et financières que le pays traverse actuellement avec des emprunts répétitifs sur le marché financier, des dettes ici et là, c’est possible que le Président de la République le nomme Premier ministre pour aider à gérer la situation économique et financière très délicate présentement. Nous venons de sortir d’une longue crise politique, avec de lourdes conséquences sur le plan socioéconomique. Et il faut relancer la machine. Et Djossou Semondji s’y connaît bien. Il a quelques contacts, il connaît les rouages des finances internationales. Il peut servir à relever ces défis. Maintenant, tout dépend de la feuille de route qui lui est assignée par le chef de l’Etat », déclare un acteur de la société civile.

Ancien ministre du Développement, Mawussi Djossou Semondji a eu un parcours discret, mais apprécié au Gouvernement. Ses expériences professionnelles, sa rigueur, et sa fine connaissance de l’économie, des finances et de développement suffisent-ils pour faire de lui le prochain Premier ministre ? Une chose est sûre, les trois derniers locataires de la Villa 433 de la Cité OUA sont tous originaires de la Région des Plateaux. Un indice non négligeable.

Kodzo Adédzé : une possibilité ?

C’est une surprise. Mais il est cité parmi ceux qui pourraient être nommés Premier ministre. Kodzo Adédzé, homme de confiance du Président de la République, a un parcours remarquable. Il est monté en grade et a prouvé au chef de l’Etat qu’il sait relever les défis et répondre quand il le faut.

Vice-président Région Maritime du parti au pouvoir (UNIR), Kodzo Adédzé, technocrate, a pris, depuis quelques années, des responsabilités politiques lourdes. Celui que personne n’a vu venir dans le premier cercle de Faure Gnassingbé ne cesse de monter dans l’estime de ce dernier. Actuel commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR), l’homme, fervent croyant, un trait commun qu’il détient avec le chef de l’Etat dont le personnage préféré est Jésus-Christ (lire JA N° l2831 du 12 au 18 avril 2015), avance à pas feutrés.

Selon certaines indiscrétions, Kodzo Adédzé ne serait pas si intéressé par le poste de Premier ministre. « Il n’y pense même pas », nous confie un proche. Sauf que ce n’est pas lui qui décide. Le mettre à la coordination de l’action gouvernementale pourrait être aussi bénéfique pour Faure Gnassingbé, fin technocrate qu’est le natif de la préfecture de Zio, une localité que chérit le chef de l’Etat. La preuve, d’importantes actions et des initiatives de développement ont eu lieu dans cette préfecture dont le premier congrès du parti au pouvoir dans la ville de Tsévié, le riz à Kovié dans le cadre du MIFA (Mécanisme incitatif de financement agricole), localité dans laquelle il a récemment fait don de quelques machines dans le domaine agricole, etc.

Souvent consulté à l’occasion de la formation du Gouvernement pour proposition et avis relatifs au profil de quelques cadres issus de son milieu, Kodzo Adédzé pourrait lui-même se retrouver cette fois-ci au cœur de la constitution de la prochaine équipe gouvernementale. Dense, humble, fin connaisseur de son domaine, il ne manque aucune occasion de faire de son mieux pour faire avancer les choses. Sur le plan politique, il a plusieurs fois prouvé sur le terrain, lors des meetings politiques et campagnes électorales, qu’il sait mouiller le maillot pour la victoire de son parti ou du chef de l’Etat. Sera-t-il le prochain Premier ministre ?

A Faure Gnassingbé de décider.

Elom ATTISSOGBE