Les Humanités Numériques présentées aux étudiants de l’ISICA

Lundi dernier, les étudiants de l’Institut des sciences, de l’information, de la communication et des arts (ISICA) ont été entretenus dans le cadre d’une conférence-débat à l’auditorium de l’Université de Lomé par Laurence Favier, professeur à l’Université de Lille. Le thème de cette rencontre est : « Le double défi des humanités numériques. La transformation numérique de la société et des pratiques savantes ».

Le sujet est d’actualité, à l’ère de la génération 2.0 où la machine semble avoir pris le contrôle sur tout. L’intégration des technologies digitales dans l’ensemble des activités de la société relance le débat sur l’utilité de l’homme ou des sciences sociales. Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de pratiques savantes et non de sciences ? Quel est le double défi des humanités numériques ? Sur le plan épistémologique, les humanités numériques sont-elles un nouveau domaine ? Une communauté de pratiques ?

Selon Laurence Favier, la conférencière, on peut classer les humanités numériques selon quatre grandes catégories : « collaboration interdisciplinaire à grande échelle, plateforme de mutualisation d’outils, crowdsourcing, des archives (textes et images) aux représentations 3D ». Elle a également précisé qu’il y a une nécessité pour les enseignants-chercheurs, à la fois d’expérimenter dans nos recherches, les outils numériques et de former les étudiants. Pour Laurence Favier, le « big data » (essentiel dans les humanités numériques) et la valorisation des documents numériques rentrent dans la sphère scientifique et professionnelle (le journalisme, la gestion de l’information en entreprise, le commerce électronique avec les systèmes de recommandation, etc.) et politique.

« J’ai fait une communication sur le sujet qu’on appelle les Humanités Numériques. Ce sujet veut dire que d’une part, les outils numériques se généralisent pour traiter des données scientifiques. (…) Plus encore, le fait de travailler dans des environnements en réseau, donc de pouvoir construire des corpus à l’échelle mondiale ou au-delà de son petit réseau scientifique et de faire des choses à grande échelle. La numérisation ne peut garantit pas la conservation à long terme. On ne peut pas tout numériser  », a déclaré Laurence Favier. « La conférence a donné des exemples de projet qui ont un lien avec le domaine des humanités numériques. L’autre défi, c’est comment le chercheur en sciences sociales étudie les relations que nous avons entre nous ? Comment on étudie la société, sachant qu’on passe par de très nombreuses plateformes numériques pour réaliser des activités humaines ? L’utilisation des outils numériques pour produire des corpus change la dimension de ce que l’on peut faire en sciences sociales et lettres. », a-t-elle ajouté. « Quand nous parlons par exemple du crowdsourcing, pour dire la recherche de foule, c’est l’idée qu’on peut demander à la population de contribuer à la production de connaissance. Ce qui est intéressant, c’est de voir aujourd’hui avec le recul qu’on a des projets de crowdsourcing qui durent dans le temps. Ça veut dire qu’il y a une stabilité dans la démarche », a-t-elle expliqué.

Laurence Favier est professeur de sciences de l’information et de la communication, membre de l’axe 4 du laboratoire GERIICO (Circulation de l’information et organisation des connaissances). Depuis 2012, elle dirige le département de Sciences de l’Information du Document à l’Université de Lille et, elle est  responsable du master Gide. Ses recherches portent principalement sur les aspects sociaux et culturels de l’organisation des connaissances et des pratiques informationnelles issues de la généralisation de l’usage du numérique. Ses principaux travaux concernent ainsi : le « crowdsourcing », l’influence sociale, le filtrage d’information collaboratif, l’interopérabilité culturelle, les infrastructures numériques de recherche comme support d’un travail collaboratif, spécifiquement dans le domaine des humanités et de la valorisation numérique du patrimoine culturel.

Elom ATTISSOGBE