CLE perd ses clés

Le parti CLE (Cercle des leaders émergents) est en lice pour les élections législatives du 20 décembre prochain. Depuis dimanche, cette décision déclenche un tollé en interne, le secrétariat général, cheville ouvrière du parti, se désolidarisant de cette démarche.

« Inopportune, hasardeuse et dangereuse décision du parti de participer aux élections législatives du 20 décembre 2018 dans les conditions actuelles. J’ai été choqué, indigné et outré d’apprendre, il y a quelque jours que le parti a déposé des listes à la CENI, car se disant prêt pour aller aux élections sans les réformes. Comment peut-on prétendre aller aux élections dans ces conditions ? Je crois fondamentalement que la mission actuelle de tout parti politique qui se dit sérieux et qui travaille effectivement dans l’intérêt du peuple togolais, est de contribuer à l’opérationnalisation des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales. Aller à une quelconque élection sans la réalisation desdites réformes, c’est se trahir et c’est trahir encore les togolais. J’appelle donc, tous les militants et les sympathisants de CLE, mais aussi tout le peuple togolais à suivre le mot d’ordre de la coalition des quatorze partis de l’opposition et des forces vives de la nation ». C’est en ces termes que le secrétaire général du parti CLE, Peter Afadodan, depuis Conakry, a exprimé sa « désapprobation totale » face à la démarche du parti de participer aux législatives du 20 décembre.

Cette réaction n’a pas fini de faire des vagues lorsque, le 27 novembre, le secrétaire général adjoint de la même formation politique, a envoyé une lettre de démission à son président national. « L’honneur m’échoit de venir par la présente, vous présenter ma démission du poste de secrétaire général adjoint et de membre de Cercle des leaders émergents. Plusieurs raisons fondent cet acte : la décision unilatérale de la présidence de CLE, infondée et foncièrement mauvaise, trahissante et suicidaire de la lutte du peuple pour sa libération de la dictature et pour l’avènement de la démocratie au Togo, la déclaration du secrétaire général, Peter Afadodan, que je soutiens totalement et entièrement, une déclaration qui vous met mal à l’aise suite à vos réactions sur la plateforme du parti, la négligence des membres du bureau exécutif au profit des amis personnels du président dont les avis priment sur les avis des vrais membres dudit bureau, la participation aux réunions supposées du bureau exécutif par ces amis du président qui se substituent aujourd’hui aux vrais membres du bureau exécutif de CLE, la désignation d’un coordonnateur de CLE en la personne de Kossi Agbeboume qui se permet de sortir les membres fondateurs de CLE de la plateforme du parti sans justification et qui d’ailleurs n’a aucun statut juridique au regard des statuts du parti, la réunion exclusive du BE et le congrès statutaire de CLE n’ont jamais eu lieu depuis sa création, l’expression d’un point de vue contraire à celui du président est considérée comme un affront à celui-ci qu’il faut laver obligatoirement, le choix unilatéral de la présidence de CLE de participer aux élections législatives du 20 décembre 2018 dans les conditions actuelles sans les réformes réclamées par le peuple et entérinées par la feuille de route de la CEDEAO, etc. »

Kossi Agbeyadzi écrit dans sa lettre de démission qu’il a à cœur « de garder sa petite dignité et sa conscience en paix avec la lutte du peuple ».

Le président réagit

Contacté mardi par notre confrère « Fraternité », le président du parti CLE, Me Agnina Yacoubou, a contesté l’appartenance du secrétaire général et son adjoint au parti CLE. « Ces deux personnes ne sont plus des nôtres depuis longtemps déjà. Il était acquis qu’on devait les remplacer. Mais il fallait attendre le bon moment. Et c’est l’Assemblée Générale. Ce que nous n’avons pas pu organiser jusque-là. En effet, le prétendu Secrétaire général qui se fend d’un communiqué est à Conakry depuis près de trois ans. De même que celui qui se dot Secrétaire général adjoint. Il serait à l’Université de Kara depuis plus de deux ans, après une thèse de doctorat en tourisme. Aucun d’eux n’a plus participé à aucune réunion du bureau, ni cotisé le moindre franc. Moins encore chercher à savoir ce qu’il se passe au sein du parti. Mais nous avons continué par fonctionner et nous continuerons par fonctionner par la grâce de Dieu. Ces deux sorties sont un non-évènement », a martelé Me Agnina Yacoubou.

Le parti CLE a participé aux législatives de juillet 2013. Il avait présenté des listes dans six circonscriptions électorales (Haho, Zio, Vo, Yoto, Avé et Grand Lomé) et s’est retrouvé avec plus de 16000 voix dont 8500 dans la circonscription de Grand Lomé.

Béatrice AGBODJINOU